Norma par Bérénice Biéli

Les Apparitions

Norma par Bérénice Biéli

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  La nuit revenant à la même place au centre plus blanche œil baissé courbes hésitantes perdu la mémoire ça s’étalait comme partout autour comme possession et vibrations, les premières lueurs du corps.

 

  Là tout en mouvements concentriques elle oubliait, lentement. Espace resserré par où aucune lumière vraie ne passe. Expansions et rotations. Microfissures des lèvres invisibles.

 

  Objets inanimés à la même place. Puanteurs dans les coins, couloirs délavés, raclements de gorges sans fin et comme en arrière du décor, la petite se pose sur son socle et attend.

  Elle tourne, ça ne bouge plus. Comme casanova qui hante les murs. Le mariage. Elle pourrait tomber, se casser. Elle ne tombera pas. Elle ne se cassera pas. Dehors les phares interrompent au loin le jeu des bêtes. La petite attend sur son socle, casanova ne viendra pas la défaire.

 

Elle échouera dans son rêve, archaïsme de surface.

 

  Ils disent qu’elle se défait, et comme au loin ça se défait,  les corps tombent. Les grandes machines recouvrent par nappes. Abrutie par le doute ses cheveux défaits s’enroulent. Elle n’a pas su ouvrir la bouche. Elle n’a jamais écrit son nom. Elle n’a pas de nom peut-être. On ne lui dira pas. C’était comment avant sa naissance avant que ça devienne je veux dire que ses cheveux poussent que les boucles se défassent réellement et tombent réellement et que par accidents elle enroule son corps dans ses draps trop sales pour attendre que ça vienne qu’il arrive qu’il la défasse à l’envers, qu’elle n’ait plus à craindre sur le socle quelque chose comme le foyer vital, lamentable ascension de l’être pour retrouver peau et os et chair et pour de vrai avec les vrais cheveux de poupée de chair animée par elle-même par la seule volonté de poupée, triste autonomie trahison naturelle est-ce que les éléments sont si en désordre que ça pour que ça ne pousse pas plus vite bêtise et frivolités rassemblées en son centre et en surface gagne toute profondeur de l’instinct le mouvement pur les lignes vraies les ondes les ondes qui ne survivent pas au centre et quand ça disparaît la lumière éteinte les mille petits points jaunes les choses célestes c’était comment avant la naissance  quand les autres n’y étaient pas le corps est-ce que ça vibrait comme maintenant influx nerveux crispations du ventre des membres des tissus yeux presque convulsés gorge aussi convulsée que l’âme qui n’a pas retrouvé le centre viens petite poupée immobile sur ton socle qui n’a pas d’âme pas d’invisible que le reflet d’un corps presque visible comme l’animal est lent à revenir à revivre en surface cet animal qu’on ne connait pas et qui tente de vivre par où passe la vie combien ils sont dans cette salle resserrée aux murs resserrés ces petits êtres cornus salive parquée dans les coins de peau ourlée ne crains rien ils sont là des gros des petits des riches des moins gros et des moins riches avec leurs rêves abrutis leurs imaginations torves ils n’auront rien encore ils se goinfrent d’images de petits reflets incertains ils se lavent de tout comme ils peuvent leurs péchés incompris ce qu’ils veulent au fond défaire structurer comme les choses aussi naturelles voire comment ça bouge sur l’écran même quand le socle est immobile que les reflets sont immobiles personne n’est entré dans le palais d’images pour en sortir sauvé vérité archaïque est-ce que c’est par hasard qu’ils viennent des corps animés des mystères les cheveux d’or les cheveux de cendre la lune brille plus pâle on dit que c’est le cri de l’hystérie qui la fait pâlir que c’est sa blancheur qui est hystérique qu’il ne faut jamais bouger sous la lune quand elle est trop pâle que l’amour que c’est hystérique l’amour qu’il n’y a pas le nom pour ça qu’on peut mourir qu’on peut mourir pour de vrai que c’est la lune trop pâle qui fait mourir à cause de l’hystérie que c’est à cause de l’amour à cause de la blancheur à cause de l’idée il ne faut pas crier ni remuer sous la lune trop pâle  son calme est effrayant.