FAIRE-PART par Patrick Le Divenah

Les Incitations

20 avril
2015

FAIRE-PART par Patrick Le Divenah

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     J’ai la tristesse de vous faire part du décès récent mais définitif, après une lente agonie, de la première personne du futur.

« Cher futur, je t’inhumeraiS demain à 15 heures. »

            Il ne peut s’agir de coquille car cette adjonction du S, alors que la tendance générale est à la réduction – crise oblige – se révèle systématique et de toutes provenances, qu’il s’agisse de courriels ou de lettres manuscrites. Pas de distraction, pas d’accident fortuit, la première personne du futur est bel et bien défunte.

            Je me suis procuré le rapport du médecin légiste, de l’école freudienne :

« Le futur, exprimant une certitude, témoigne d’un engagement dont nos contemporains sont devenus incapables. Du jour au lendemain, voire du jour au jour même, ce qui avait été engagé est désengagé, les promesses sont remises en question, les contrats rompus. Pas le moindre rendez-vous qui ne nécessite une confirmation, voire une confirmation de confirmation à la toute dernière minute. Iphone, Ipad, Smartphone... obligent. Tous moribonds sous perfusion, asservis à la piqûre de rappel. Impossible dans ces conditions d’écrire encore au futur puisque tout devient conditionnel et qu’en lisant « Cher futur, je t’inhumeraiS demain à 15 heures » je dois interpréter que l’inhumation est hypothétique, qu’elle n’aura lieu que si, d’ici là, le correspondant n’a pas changé d’avis et que, sous-entendu, il ne faudrait pas que le futur s’en vexe pour autant. »

            Il est donc grand temps de s’indigner et de manifester au futur notre soutien inconditionnel en témoignant de notre fidélité à l’engagement. Sauvons l’engagement, engageons-nous, rengageons-nous, à la mémoire du futur !