Monstres et Couillons,la partition du champ poétique contemporain. par Nathalie Quintane

Les Incitations

19 oct.
2004

Monstres et Couillons,la partition du champ poétique contemporain. par Nathalie Quintane

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Une rumeur tenace, puisque rumeur, laisse entendre qu'il n'y aurait plus depuis longtemps en France de tendances poétiques nettement marquées, que toute trace théorique aurait été perdue corps et bien avec la mise en vente de pavés berlinois et non plus germanopratins, que l'idéologie rampante mais toujours renaissante aurait rendu gorge à l'entrée de Philippe Sollers comme pigiste au Monde des Livres, que poètes et lecteurs baigneraient dans une sorte de liquide post-amniotique où ni styles ni formes ne seraient clairement identifiables, où régneraient la diversité, l'inclassabilité, le multiple, le composite et le varié dans leur lutte victorieuse contre l'esprit de chapelle, l'infâme revue doctrinale, la doxa textuelle et le collectif autoritaire. Qu'enfin bref on serait peinards, et que tout le monde trouverait poème à son pied dans la supérette à taille humaine de la poésie contemporaine d'expression française. Qu'argument économique, puisque presque personne ne vend rien dans la dite poésie, ce ne serait ni logique ni gentil de se tirer la bourre pour si peu et qu'on pourrait au contraire tous se retrouver pour un jamboree convivial au sous-sol de Beaubourg ou sur le plateau de Millevaches, selon les parties organisatrices, et qu'on aurait certainement, à défaut de choses à se dire, des verres à boire.

Hélas trois fois ou heureusement, qui connaît même de très loin le terrain poétique actuel sait qu'il n'y a là que fumée de pacification derrière laquelle brûlent frénétiquement les feux de joie allumés par chacun des camps: celui des Monstres et celui des Couillons. Bien entendu, le Monstre n'est considéré comme Monstre que par le Couillon et le Couillon n'est appelé Couillon que par le Monstre, mais chaque petit Couillon ne rêve que d'une chose : balancer le Monstre qui lui fait face dans son feu, tandis que chaque petit Monstre ne pense qu'à une chose: observer la complète carbonisation d'un Couillon. Officiellement, Monstres et Couillons parviennent à faire preuve d'une espèce de politesse - le Monstre ira jusqu'à nommer le Couillon "Couillon non dénué d'intelligence", et le Couillon qualifiera le Monstre de "Monstre non dénué d'humanité"; en privé, le Monstre pourra lancer à un camarade Monstre l'injure suprême : " Tu n'es qu'un Couillon !", et le Couillon jettera à un compagnon Couillon l'insulte ultime : " Va donc, Monstre !". Les Rencontres Poétiques Internationales sont les lieux d'expression favoris du Couillonisme et de la Monstruosité. Délocalisés, Monstres et Couillons font le point : le Monstre constate avec angoisse et bientôt terreur qu'il est entouré d'une foule de Couillons qui ne songent qu'à lui faire la peau - il apprendra, soulagé, qu'il lit devant un petit parterre de Monstres indigènes déplacés tout exprès et qui ne lui veulent aucun mal, au contraire. Le Couillon, quant à lui, connaît son heure de gloire - avant de retomber rapidement dans son pessimisme chronique, ou nostalgie, ou mélancolie, ou tristesse, ou morosité, ou cafard, ou pénibilité. De retour au pays, le Monstre se console en comptant le nombre d'apparition de son nom dans le réseau des Monstres, cependant que le Couillon soigne sa déprime en additionnant les apparitions de son nom sur la toile des Couillons. Comme Couillons et Monstres sont tous des professionnels du langage, ils tentent parfois la synonymie: le Couillon appelle le Monstre Formaliste; le Monstre appelle le Couillon Lyrique.

Cette fable n'est pas un délire exagératif ; elle essaie de rendre compte d'une division si ancrée depuis trente ans qu'elle tend à fossiliser les imaginaires - ainsi de la paire antithétique chaud/froid: le Monstre, forcément "froid", produit une écriture à la même température. Du théâtre dégarni d'Albiach à l'humour post-beckettien de Pennequin en passant par le vernis beckien, le diagnostic est kif kif: c'est la banquise. Plus : la philosophie dont il se soutient est elle aussi une création arctique - on parle de la "féroce campagne" d'un Derrida contre l'humaine humanité (cf. Europe n°890/891, juin/juillet 2003). Evidemment, les "Formalistes" ne sont pas étrangers à cette catégorisation, puisqu'ils font, ou ont fait, la promotion d'une écriture "plate", "désaffublée", "objective", etc. De manière identique, les "Lyriques", en revenant dès les années cinquante, contre la pyrotechnie surréaliste, à la "simplicité", à l'"origine", voire à une naïveté revendiquée, auraient mauvaise grâce de reprocher au camp adverse l'accusation sans cesse reprise de cuculterie, de sulpicianisme, etc: un Couillon a le droit d'être gnan gnan.

Cela dit, entendons-nous bien : je ne viens pas ici prêcher la réconciliation. Je sais qu'elle est esthétiquement, éthiquement, philosophiquement, poétiquement impossible. Parce qu'elle est esthétiquement, éthiquement, philosophiquement, poétiquement motivée. J'aimerais seulement que ceux et celles qui sont amenés à travailler avec les poètes le fassent en connaissance de(s) cause(s) et que les poètes qui connaissent parfaitement et de l'intérieur l'état de chose cessent de faire comme si ce qui est n'était pas et comme si ce qui n'est pas était, en particulier lorsqu'ils ont à communiquer avec le monde non-poétique. J'aimerais également que les caricatures se nuancent, à défaut de s'estomper, qu'on arrête de couvrir les uns de givre et les autres de bons points. J'aimerais avant tout énoncer ceci: "Lyriques" et "Formalistes" sont, qu'ils le veuillent ou non, porteurs d'une idéologie ; qu'il n'y ait plus d'"écoles" identifiables n'a pas entraîné la dilution des anciennes "causes" dans le No Man's Land brouillon des années 80/90. Sans que cela reprenne systématiquement l'allure de l'engagement à la mode Aragon, bien sûr. En conséquence, lire Valérie Rouzeau plutôt que Jean-Michel Espitallier, c'est acquiescer à une certaine vision du monde et à une certaine conception de l'homme ; ce n'est pas "innocent". Acheter à ses enfants les livres de la collection jeunesse du Dé Bleu, c'est les préparer - presque aussi sûrement qu'en les envoyant au catéchisme - à une saisie orientée de la société et de ses enjeux.

D'autre part, il ne faudrait pas croire, parce qu'elles sont deux, que les parties sont numériquement équilibrées, représentées avec la même régularité, ni qu'elles luttent à armes égales : l'esthétique (et donc l'idéologie) dominante dans le domaine poétique est gérée par la maison Gallimard - c'est ce que Jean-Michel Maulpoix définit pudiquement par l'oxymore "tradition moderne". Publiée chez Gallimard, l'œuvre zutiste et charnelle de Jean-Pierre Verheggen est pacifiée ; tout comme les poètes du Chat Noir, anthologisés en poche par la même maison, avaient été pacifiés - il suffit de lire le Chat Noir vu par Gallimard et le Chat Noir vu par Arnaud Labelle-Rojoux pour constater la différence. Evidemment, on peut toujours espérer que quelques égarés lecteurs vont comprendre et continuer par eux-mêmes le travail... On peut aussi se féliciter de ce qu'ENFIN un poète vivant d'une autre obédience puisse être lu par un plus grand nombre, simplement parce que ses livres seront mieux diffusés, mieux commentés par la presse, commentés tout court - parce que c'est Gallimard. Et puis, en tant que "Formaliste", on peut aussi s'en foutre, dire que tout ça, c'est plus mon histoire, qu'on s'en bat les couilles d'être poète ou pas: il n'empêche, Formaliste, que ton dernier opus, que ton petit DVD, que ton cdrom multimédia, que tes affichettes politiques, que tes brûlots incendiaires diffusés sur le Net, que ta revue photocopiée à trente exemplaires, entrent dans le genre Poésie, que tu pourras, sans problèmes et sans états d'âme de sa part, être sollicité par le Printemps des Poètes, qui a toujours besoin d'un petit animateur chez lui, d'un petit gars qui va faire rigoler le public avant le passage aux choses sérieuses. Et quand tu seras invité à l'étranger, Formaliste, ce sera pire, parce que là tu t'apercevras que la poésie et la pensée françaises, du Pérou au Kamchatka, c'est les autres, et tu te retrouveras, une fois de plus, dans un groupe ultraminoritaire qui peinera à se faire entendre. Mais bon, tu peux aussi faire l'animateur dans l'art contemporain : il y a plus de monde et c'est mieux payé. Et là, au moins, les "Lyriques", on les voit pas : ils ont peur de se salir.

Le lecteur aura compris que ce qui se joue derrière la parabole des Monstres et des Couillons, c'est une opposition tranchée (et erronée) entre émotion et pensée. Antoine Emaz place, en épigraphe d'un texte éclairant dans lequel il explique, entre autres, que l'émotion est "motrice du poème et enjeu de sa réception", cette phrase de Reverdy: " Je ne pense pas, je note ." Je ne vais pas ressusciter Reverdy pour l'informer que noter, c'est penser, mais je peux, en revanche, rappeler à Antoine Emaz qu'il n'y a pas si longtemps vivait un écrivain, dont les initiales sont G et P, qui est à présent publié chez Gallimard dans la collection "L'imaginaire" et donc largement disponible, et que cet écrivain, à l'époque, prit la peine d'écrire quelques textes à ce propos, réunis sous l'intitulé "Penser, classer". Evidemment le livre de Perec (et d'autres) a l'inconvénient de fragiliser cette belle opposition entre émotion et pensée, de même que le travail de Gilles Deleuze, en remodelant de fond en comble la notion philosophique de concept, en inventant par exemple le "personnage conceptuel", apporte sa contribution à la remise en cause de cette opposition fondatrice de la philosophie classique (Descartes, pour simplifier). Le problème du poète "lyrique", c'est qu'il travaille ante Deleuze, ante Foucault, ante Derrida, ante Perec - ou avec un Derrida tronqué, un Deleuze tronqué, un Foucault tronqué; mais nous reviendrons sur ce point. Le "Lyrique" travaille avec ce qui précède la période "structuraliste" : il a décidé que cette période n'avait existé que dans l'esprit fumeux de quelques imposteurs, et comme on lui rappelle sans cesse que cette époque a bel et bien existé (la preuve, c'est que Derrida vient de mourir, précédé par Deleuze et par Foucault, sans parler de Perec qui est mort aussi), ça l'énerve. Lui, il est obligé de travailler avec Descartes, puisqu'il veut pouvoir continuer à travailler contre lui (au feu Descartes! Je sens donc je suis!), et quand on lui explique que Descartes, a y est, c'est intellectuellement mort, ça l'agace - parce que l'intellect, vous comprenez, c'est l'esprit, et que moi je sens.

Cette opposition entre émotion et pensée s'articule sur une conception différente du déploiement du logos dans le temps - logos souvent indissociable de l'être, d'une ontologie, chez les "Lyriques", mais pas toujours, logos débarrassé de tout ontologisme chez les "Formalistes", mais pas toujours aussi pleinement qu'on le croit. Alors que la langue est, chez les "Formalistes", simultanément une modalité émotive et intellectuelle et que l'expression de l'émotion/pensée est inséparable de son impression, qu'elle est, d'une manière ou d'une autre, toujours représentée, l'émotion est, chez les "Lyriques", un antérieur - un alogon venu d'un réel "brut" - que l'expérience va devoir ressaisir avant de pouvoir, enfin, l'exprimer. On comprend alors la raison pour laquelle le maintien de la conscience au sens classique du terme, et au-delà, la conservation du Sujet, aussi dégradé soit-il, et celle de l'individu, vécus comme des absolus après la "mort de Dieu", s'imposent, de même qu'on comprend pourquoi les "Lyriques" sont dans l'impossibilité de suivre jusqu'au bout les conséquences de la réflexion de leurs prédécesseurs immédiats : certes, le sujet n'est plus ce qu'il était, il n'est plus que l'ombre de lui-même - et cela, nous l'acceptons, ou plutôt, nous ne pouvons faire autrement, dans l'état actuel de la pensée, que de l'accepter -, mais cela n'empêche pas qu'il y ait Sujet, quand même, malgré tout. Même raisonnement concernant l'image : d'accord, l'image est un piège stupéfiant auquel nous ne pouvons plus, nous ne devons plus nous laisser prendre, mais cela n'empêche pas qu'il y ait image, quand même, malgré tout - il suffit de lire Jaccottet pour constater que son soupçon à l'égard des images poétiques ne l'embarrasse guère pour réutiliser et retraiter - tradition moderne oblige - les images canoniques de la Poésie. Même chose quant au pataquès qu'est devenu la métaphysique sous nos climats : d'accord, Dieu est mort et pas de transcendance, mais nous gardons la Foi, tout de même, malgré tout; d'ailleurs, c'est simple : il suffit de remplacer Dieu par Autrui, et le tour est joué, on peut continuer à gambader dans l'arrière-pays, explorer la clairière de l'être, se poser une demi-douzaine d'horizons à l'horizon, et se faire un petit matelas confortable des ruines du cogito. C'est pourtant, crénom, bien simple, de gagner le beurre et l'argent du beurre - sans parler des félicitations de toutes les crémières universitaires. Ah! le Sujet pensant n'existe pas, ça c'est sûr, au feu Descartes! (je sens donc je suis), mais le Sujet existant, hein, hé hé, vous allez quand même pas zigouiller le Sujet existant, ce serait pas sympa, d'autant plus que du coup j'aurais du mal à le signer, mon petit poème, parce que vous comprenez, mon petit poème, il vient de mon expérience incompressible, il vient du sentiment de mon sentiment, il vient du cœur de mon cœur - vous allez pas me la voler, mon expérience extatique de moi-même, bordel ! Faites gaffe où j'appelle Bataille - et là vous serez bien emmerdés, parce que Bataille, c'est justement notre point de rencontre, c'est le meeting point de toute la poésie contemporaine, et de l'art! et de la philosophie ! et de la sociologie ! et de l'ethnologie ! et du cinématographe ! Seulement Bataille, si je me souviens bien, quand il escamote, il fait pas semblant. Lui, il accepte de bouffer son pain sec. "Enlevons Dieu comme objet de la foi, mettons autrui comme l'autre sujet" (page 87, in Europe, op.cité), ben tiens mon colon, petit escamotage, petite substitution, et l'essentiel est sauvé : le possible extatique, l'autre comme monde et le monde comme grand Autre ; bref, la transcendance. Quelle importance, d'ailleurs, il récupère tous les attributs de la divinité (l'Autre est mon "infini", mon "Absolu", il est la possibilité d'une "vérité de la parole", etc) - un petit ajustement et le tour est joué.

Et nous voilà rendus, en poésie "terre d'écoute et de partage" - ce n'est pas un tract salutiste, c'est le syntagme roi de la poésie en territoire indigène et au journal de vingt heures. Car le poète croit en la Terre - puisqu'il ne peut plus croire en Dieu (c'est ringard). Oui mais comment faire coexister immanence et transcendance sans qu'elles se chamaillent ? Fastoche! sinon à quoi ça servirait, le Réel? Autrui ne vous satisfait pas comme supplétif divin ? Eh bien y a qu'à prendre l'objet ! le Sensible ! le Concret ! Ce type d'immanence là, c'est de la transcendance en barre. Et pourquoi ? Parce que ça ne parle pas. Mon petit père, jamais l'intellect, le dégoûtant intellect humain, n'a frôlé la "certitude sensible". On pourra bien tous crever dans l'atome, le Sensible nous enterrera et plantera son myosotis sur le tertre, impeccable. La "chose humble", c'est la nouvelle "autorité absolue" (Yves Bonnefoy). Une anecdote : à Digne-les-Bains, en pleine nature (Digne-les-Bains est pleine de nature), l'artiste Hermann de Vries a planté une hallebarde assez semblable à celles qui forment la grille du jardin des Tuileries ; sur cette hallebarde est gravé en lettres d'or le mot SILENCE. Quand le promeneur, bon gré mal gré, tombe sur cette pièce, il ne peut pas ne pas comprendre : Ferme la. Chez certains "Lyriques", l'attention au réel semble dépendre d'une auto-humiliation, d'une conduite à la Thérèse de Lisieux ("se vider, réduire la vanité, ne plus savoir", écrit Antoine Emaz dans le texte évoqué plus haut). C'est que la dévotion est une - que ce qui importe, dans cette dévotion aux petites choses et aux petits (Autrui, en poésie, ce sont les vrais gens), c'est la dévotion, c'est la reconquête d'un monde perdu par l'institution (ou du moins la mention, la citation) d'une posture apprise, celle du regret, ou plutôt, ici, de la contrition. Les "Lyriques" sont d'authentiques repentis et la négativité n'est pas du côté qu'on croit. On saisit alors un peu mieux le malentendu que peut susciter l'œuvre de Ponge : un poète "lyrique" en retiendra l'attention au sensible avant toute chose ; un "Formaliste" y lira que l'accès au sensible est, du même coup et au même titre, accès au sensible de la langue - ce que dit Ponge.

C'est à se demander si, du fait de cette négativité lyrique, les pôles ne se sont pas inversés, si les Monstres ne sont pas devenus des Couillons (ne se disent-ils pas "idiots", dans cette bataille autour du "réel" où chacun veut la victoire ?) et les Couillons des Monstres. Il y a, ces dernières années, chez certains ex-Monstres promus Couillons, dans le copié/collé, un air assertif qui paraît substituer avec plus ou moins de bonheur le politisme au poétisme. A vouloir à tout prix "parler dans la langue de l'ennemi", on finit par lui ressembler, à l'ennemi, par choper son côté couillon. Alors qu'il peut y avoir une saine couillonnerie à incarner, une vraie de vraie couillonnerie formaliste, une bien brave et bien violente couillonnerie ; allez, nouveaux Couillons, pas de quartier, sus aux Monstres !

ADDITIF de MARS 2012

Ce texte divise les poètes en deux camps. On m'a souvent reproché son outrance simplificatrice. Il n'essayait certes pas d'établir une typologie fine, puisqu'il visait essentiellement le Printemps des Poètes. Ce n'était pas un texte de réflexion mais un texte de combat - étant entendu qu'un texte de combat peut aussi être un texte de réflexion. A l'époque, le Printemps des Poètes n'avait pas encore assuré son hégémonie sur les manuels scolaires et son directeur n'était pas un dramaturge abondamment joué sur les scènes nationales - je pensais qu'il y avait peut-être quelque chose à faire, ou en tout cas qu'on pouvait en parler (parler de cette situation, c'est-à-dire la décrire). Quand je dis qu'il visait essentiellement le Printemps des Poètes, je sous-entends qu'il visait également la simplification abusive qu'entraîne l'opération PdP - d'un côté, un PdP ouvert et généreux, qui propose des thèmes populaires et rend la poésie "accessible"; de l'autre, une minorité agressive qui écrit des textes auxquels on ne comprend rien et se vend au spectacle. Répondre à une simplification par une autre simplification n'arrange rien, sans doute - et je n'écrirais pas Monstres & Couillons aujourd'hui. Il tend à justifier l'idée que le "champ" poétique est perpétuellement en proie à des guerres picrocholines dont tout le monde se fout. Mais c'est aussi qu'il y a de quoi s'agacer de ce que le "clavecin des prés" (Rimbaud) continue à jouer à tue-tête sa rengaine pacificatrice, ne serait-ce qu'une fois par an.