Non à la critique godillot ! par François Huglo

Les Incitations

11 avril
2016

Non à la critique godillot ! par François Huglo

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1

 

 

Un proche de l’éditeur de Dominique Dou me demande au nom de quoi, ne connaissant rien de l’auteure, rien de l’éditeur, rien ou à peu près du préfacier, je m’autorisais à écrire la note sur Sentinelle parue sur ce site. Au nom de quoi ? En mon nom propre. Ce livre n’était-il pas un bon moyen de lier connaissance avec l’auteure, l’éditeur, le préfacier ? Tous trois ne prennent-ils pas un risque en publiant ? Ne s’exposent-ils pas ? C’est précisément en refusant ce risque, en s’abritant derrière des avis autorisés qui occupent la plus grande partie d’un livre dans lequel ils n’auraient pas dû entrer (un livre occupé surtout par de la pub pour ce livre, il faut quand même le faire !), que ce trio se piège en congédiant le lecteur : que viendrait-il dire après Faye, Grandmont, Stiegler, et Dou elle-même, qui n’est pas la dernière à s’envoyer des fleurs ? On a l’impression de voir défiler des pancartes « Applaudissez » ! Mais si je refuse de me laisser intimider par les C.V., la nomenclature et les diplômes à rallonges ? Mon conte préféré reste Les habits neufs de l’empereur.

 Non, contrairement à ce qu’affirment avec insistance Dominique Dou et ses soutiens, LE poème n’existe pas. Il n’y a pas d’éternelle poésie. Il y a des poèmes, qui à chaque époque remettent en jeu, s’ils le veulent et s’ils le peuvent, la question de la poésie. Autre intimidation que je refuse, celle d’un « haut langage ». Surtout quand cette hauteur est autoproclamée ! D’où mon allusion finale à « la langue basse » de Verheggen. Ne pas entrer en poésie comme on entre en religion, ce n’est pas attaquer la seconde mais s’insurger, encore et toujours, contre l’argument d’autorité : LE poème qui descend du ciel, LE poème comme saint sacrement !

 Est-ce un hasard si cette parole d’en haut croise celle de la chaire heideggerienne et méprise la démocratie, la tolérance, j’aurais pu citer aussi « ceux qui tacataquent —jazzmen— l’anti-mystère des formes » ? Ce n’est pas ma faute : il suffit de citer ! Et qu’on ne me reproche pas de ne pas citer ce qu’auraient cité l’auteure, l’éditeur, et le préfacier ! Autant leur demander d’écrire eux-mêmes les notes de lecture !

 Loin de contredire ma formule « autopromotion par arguments d’autorité », on me met au défi de démontrer que je n’en fais pas autant, de la position d’auteur et de critique que j’occuperais, ce qui, après tout, serait conforme à la loi du champ dont parle Bourdieu. Nul n’échapperait à la loi du renvoi d’ascenseur, de la rhubarbe et du séné. Défendrais-je mes amis, me défendraient-ils ? Pas nécessairement. Il m’arrive d’être en désaccord, même publiquement, avec eux, et (souvent) de défendre avec enthousiasme des livres d’auteurs que je ne connaissais pas. Je n’occupe aucune position et ce que j’écris n’engage que moi. Jusqu’ici, mes notes sur Sitaudis s’étaient limitées aux livres qui m’avaient donné envie de les « défendre ». Mais pourquoi me serait-il interdit de dire non seulement pourquoi j’aime un livre, mais pourquoi je n’en aime pas un autre ? Et quelle crédibilité pourrait-on accorder à une critique enfilant comme des perles les « c’est formidable », les « très Haut langage », les « très beau et très important », etc. ? Je « traite » mon lecteur comme les auteurs me « traitent » : aucune place pour l’intimidation, aucune place pour la suffisance et l’autosuffisance, toute la place pour l’égalité. « En bas », oui !