Poètes iraniens condamnés

Les Incitations

24 oct.
2015

Poètes iraniens condamnés

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 Iraj Valipour, écrivain et traducteur du persan, nous informe :


    Fâtemeh Ekhtesâri née en1976 et Mehdi Moussavi né en1986, les deux
figures de proue du  "ghazal postmoderne", mouvement poétique de l'Iran
ultracontemporain sur lequel l'Atelier de l'Agneau a publié une
anthologie, viennent d'être lourdement condamnés.
    Les problèmes judiciaires ne sont pas nouveaux pour eux, sans
compter les censures, les limogeages et les arrestations. Quand notre
anthologie "Zabouré Zane" parut (fin février 2014), Fâtemeh Ekhtesâri
venait juste d'être arrêtée par un nouvel exécutif en place dit plus
"libéral". Sa charge de cours sur la métrique persane lui avait déjà
été retirée sous le mandat d'Ahmadinejad.
     A présent, elle écope d'une peine de onze ans et demi de prison
augmentée de quatre-vingt dix neuf coups de fouet. La peine corporelle
est la même pour Mehdi Moussavi et se double d'un emprisonnement de
neuf ans.
 
    Quel est le crime au juste que la République islamique d'Iran leur
reproche? Il repose sur une bonne entente et des liens professionnels
conservés avec le chanteur en exil Shâhin Najafi. Ce dernier, un
chanteur engagé dont les textes se déclament entre slam et hip-hop, a
fui en Allemagne pour échapper à une sentence similaire. Depuis Mehdi
Moussavi lui a dédié des poèmes qu'il a postés sur la toile, tandis que
Fâtemeh Ekhtesâri est devenue la parolière de chanteurs dans la même
mouvance.
    La sentence à l'encontre des deux poètes postmodernes n'a pas encore
été exécutée. L'association des Ecrivains iraniens, en Iran même, l'a
jugée "on ne peut plus dure et injuste". Il est encore temps pour la
communauté internationale de se mobiliser.
 
   Des atteintes à l'intégrité de l'état sont évoquées dans les deux
cas. Les lecteurs des poésies de Fâtemeh Ekhtesâri, publiées dans
l'anthologie susdite ainsi que dans la revue "L'Intranquille" n°3, sont à
même d'apprécier. Le "ghazal postmoderne" se définit surtout comme une
philosophie à contre-courant et un médium féminin se réappropriant la
tradition pendant que les thématiques s'égrènent dans la contestation
de l'empire de l'homme sur la femme et les souffrances immobiles de cette dernière.
 
La page facebook de l'auteure
https://www.facebook.com/ekhtesari

Ces deux vers extraits de sa dernière plaquette et propres à illustrer un portrait d'elle :


 Une femme triste par dessous son fichu
                        si vraiment amoureuse elle est vraiment fichue
 
Et aussi dans Zabouré Zane :
 
« Sous le voile nuit noire
"Humeur indécise proie du cafard
Pied tremblant terre prête à choir
Elle vacille, vertige, mausolée, azalées…
Le chapelet en main grains épars
Se carre aux carreaux que des barreaux lui barrent »
 
Le poème "Tehrân" écrit en prison par Fâtemeh Ekhtesâri lors de sa
dernière arrestation (janvier 2014) vient d'être mis en musique et
posté le 15 octobre dernier par Zabte Suot sur You Tube en soutien. On
y trouve, de la bouche de la poétesse qui se teint les cheveux en vert
par solidarité avec les révolutions vertes, cette promesse :

"nous redescendrons dans la rue".
 
Un poème sonore de Fâtemeh Ekhtesâri sur la toile :
"Zari" posté par Rassaneh le 29 décembre 2013.  
 A voir sur :
https://youtu.be/GQUbufGq7Xo

Le commentaire de sitaudis.fr

Nous relayons ce communiqué de Françoise Favretto.