478 jours naturels de Bernard Collin par Jacques Barbaut

Les Parutions

07 mai
2012

478 jours naturels de Bernard Collin par Jacques Barbaut




« la multiplication des poissons petits »




   Acceptant de suivre le fil ou la ligne, les lignes — « parce que le monde est posé sur des lignes […] des lignes anciennes, inconnues, découvertes, des lignes sur la terre comme au ciel » — de ces 478 jours naturels1, il faut accepter d’entendre un certain nombre de convictions, croyances, credo hérités de la religion (catholique), de la théologie ou de la foi — « je crois ce qui est écrit dans les livres de l’Écriture, et qu’il n’y a rien en dehors des livres » —, celle de l’enfant et celle du charbonnier — « c’est très simple d’aller imaginer qu’un créateur tout-puissant a fait le ciel et la terre et les catastrophes naturelles ou divines » —, croire en Dieu et croire au mal, au Malin, entendre la prière et respecter la dévotion ;
   consentir à quelques postulats ou préceptes sous-tendant une conception originale (folklorique) de l’écriture — « c’était avant l’imprimerie, l’écriture d’abord, l’écriture est divine, l’écriture est céleste, vous vous moquez, c’est écrit dans le ciel / Vous ne croyez pas vraiment que la syntaxe vient du ciel, est tombée comme les langues de feu le jour de la Pentecôte, je le crois » ;
   croiser quelques auteurs aussi improbables que Grecs et Latins, saint Ambroise, Évagre le Pontique, Amelot de La Houssaye ou Dom Calmet ;
   rejoindre les membres — « à combien se monte votre armée, mon armée, entre deux et quatre lecteurs » — d’un groupuscule ultra — « un exemplaire (vendu) chaque année » ;
   être continûment ballotté, chahuté, déporté, désorienté, transbahuté (du coq-cot-Collin à l’âne qui est dans Bernard) ;
   glisser sur le flux du fleuve, sans barrage ni limitation — « mais après le déluge, avant le déluge on n’écrivait pas encore, vous vous trompez » —, la ligne de vie, sautillante et scintillante, d’une écriture matinale qui est aussi une règle (22 lignes/j depuis plus de cinquante ans 2) et une hygiène, associations spontanées, poussière d’étoiles d’un rêve cosmique et liquide — « ne croyez pas que le mille-pattes va dans mille directions, c’est cela qui est juste, cela désirable, cela ressemblant, cela recherché, mille, dix mille, une infinité de directions détachées, disloquées » ;
   trouver bon d’être ravi, transporté en paradis — « alors la poésie de prose comme la confiture de lait, le mot poétique dans aucun exemple ni acception ne sera prononcé […] ou tous les mots qui commencent par p ensemble : poésie, prose, phrase » —, non dépourvu de ses enchantements et délices ; y finir en postface.

   — « Ne me dites pas que vous tombez des nues, j’y habite 3 »



1Vingt-septième titre de la collection « Les grands soirs », dirigée par Jérôme Mauche depuis 2005, un exploit éditorial, voire une espèce de record dans le genre : ce qui devait être dit.
2Le premier livre « du même auteur » édité, Centre de Vous, le fut en 1960 par Pierre Bettencourt.
3Celle-ci : p. 61, et, successivement, dans l’ordre des citations, traitées entre guillemets et en italique : p. 321, 290, 223, 190-191, 143, 369, 295, 365, 373 ; enfin, pour le titre général : p. 222.