Celle-là de Catherine Weinzaepflen par Jean-Jacques Viton

Les Parutions

15 mai
2012

Celle-là de Catherine Weinzaepflen par Jean-Jacques Viton

Pas habile, pas souhaitable de poser des questions comme ça, en l’air disons, pour accompagner un instant ce livre beau et déconcertant. Mais comment ne serait-ce que commencer à s’en approcher ?... Donc : et celle-là que fait-elle toute seule maintenant, là, dans une forêt, à errer, essayant d’oublier tout ce qui fait le fond de ce qui l’obsède, ou de gommer un cri d’enfant ? Là maintenant, sans une rencontre, sans une traversée du grand fleuve qui occupe une longue place, sans projet de retour dans cette portion de pays non-cité, sans possibilité d’effacer le passé récent ou ancien, sans pouvoir se débarrasser pour toujours (for ever) d’un souvenir, du souvenir croit-on de la mort de l’enfant (son petit cerveau tapant à l’intérieur du crâne), et comment parvenir peut-être à établir un lien, même sans durée avec un des amants rencontrés sur la scène des jours antérieurs, rencontres anciennes ou récentes, et toutes ces situations repensées « for ever » pouvant se dire « en rêve » dans une lecture à l’envers mais pratique ?

Et que faire dans cet enchevêtrement de cris, de mots, de reconstitution de villes qui jonchent la terre de morceaux de corps, et ces rêves justement qui servent à la fois de haltes inconscientes et d’arrêts de round sur un ring et d’occasion de décider là et de courir vers un autre coin de confrontation (lieu, transport, amant, geste) ?

Donc, sorte de déploiement d’une carte d’opérations avec lecture des situations et barrières soudaines de ce qu’il est plus commode de nommer rêve. Tout cela faisant palpiter l’aventure immobile.

Alors, après lecture, butin : 8 chapitres ou situations et 69 rêves (ou ever) avec conclusion télégraphique : le lecteur pourrait avoir une sensation de déjà lu ou déjà vu et alors analyse possible : voici un livre chargé de mental, de sensitif, d’hypothèses pour 187 pages distributives de détonateurs conditionnés et de réflexes contrariés, l’inverse d’un récit avec récompense de lecture adaptée. Aucune consigne d’avancée, comme le titre lui-même, passeur de positions.

Agamben précise quelque part que la prose est le courage du poème, « Celle-là » pourrait en être une illustration exacte.