cheval porteur de Bruno Fern par Nathalie Quintane

Les Parutions

14 mai
2008

cheval porteur de Bruno Fern par Nathalie Quintane

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Une longue phrase coupée (le vers, c'est quand on passe à la ligne, disait à peu près quelqu'un de connu) filant une métaphore non-stop où le comparé est l'écrire et le comparant l'équestre. Y aller voir de près, c'est observer, vers/ après vers, quelque chose qui tient (tient le coup) sans peser. La synthèse finale, avance vers/après vers pour éviter l'excès de condensation/se maintient en éclats quoi, dit bien quel modèle fut visé et quelle lecture en advint - vers après vers en effet, sans excès de condensation en effet, c'est-à-dire avec condensation (quand même) mais sans excès : respectant, somme toute, l'attelage densité-verticalité comme signe minimal du poétique contemporain classique, une fois plaquée (taclée) la métaphore (nous métaphorisons dans la discrétion serait une formule à laquelle presque tous et pas tout à fait chacun auraient plaisir à adhérer).

Cela dit,

le mode de réception de ce Service de Presse de qualité étant (encore) inhabituel, on aurait tort de faire comme si cela allait de soi.

Rapide visite sur publie.net donne vue d'ensemble sur librairie-maison en train de se construire : investissement du fondateur (chaque présentation est un texte de François Bon, qui lui permet souvent de rappeler les attendus, acquis et pré-requis, conceptions et définitions de la chose littéraire, position éthique, aperçus toujours récents et concrets sur les changements en cours dans l'édition et l'impact, au sens 6.35, voire 11.43, du terme, de la progression "néo"-libérale), constitution d'une équipe éditoriale (une demi-douzaine de bénévoles, mine de rien, soit deux fois plus de personnel que dans n'importe quelle petite ou moyenne maison d'édition papier) variété et qualité (récits, proses ou formes brèves, poésie, essais... : Minuit ou P.O.L. plutôt que Actes Sud ou Le Dé Bleu), connus et inconnus, morts et vivants (Balzac, Baudelaire, Roubaud, Rolin, Steinmetz ou Beinstingel...), le tout rendu accessible en une poignée de semaines... et suspendu en partie à la commercialisation des fameux e-books.

Car si la consultation sur écran (via un pdf) n'est pas trop inconfortable pour une "forme brève", elle l'est évidemment moins pour un texte long.

Au jour d'aujourd'hui, publie.net est un site de travail intéressant (pour) les "professionnels" ou grands lecteurs, auxquels un coup d'œil aux quelques premières pages suffit et que l'austérité ne rebute pas (je sais bien que le modèle d'origine semble plutôt P.O.L. ou Minuit, mais sans verser dans le myspace pétaradant, peut-être qu'un peu de mise en page et de couleurs... hum... avant qu'elles ne soient de toute façon imposées par les publicités (en train d'arriver).

Une remarque, pour terminer : les textes de présentation sont en général suffisamment précis pour n'avoir pas à mentionner un genre - ce qui a l'inconvénient de diriger les lecteurs... et d'en éliminer certains qui, sans cela, seraient sans doute allés voir... Formes brèves/formes longues en dit peut-être assez, dans la mesure où chaque livre de littérature prend en charge comme partie intégrante, voire obligée, de son travail, la re-définition du genre auquel "on" (y compris l'auteur) prétend le rattacher. La mention du genre a certes une utilité : elle permet de trier les enseignants du supérieur (hop récit, hop poésie, hop théâtre) et d'arranger les libraires (qui n'ont pas trois heures à passer sur la bio des Stones de F Bon pour savoir s'ils la classent en musique, en bio de people ou en fiction - et c'est bien dommage puisque ce trouble générique n'est pas le moins intéressant. C'est là que ça travaille, et publie.net est parfait pour indiquer que ça travaille là, aussi).
Quant à savoir si c'était "le moment" de se lancer dans une telle entreprise, c'est à peu près du même ordre que de se demander s'il vaut mieux mettre la barbe au-dessus ou en dessous des couvertures.
D'ailleurs, il n'a pas de barbe, François Bon, si je me souviens bien.