Chin Oise Ries de Demarcq par Thierry Gillybœuf

Les Parutions

22 mai
2002

Chin Oise Ries de Demarcq par Thierry Gillybœuf

Au commencement était le chant. Dont procède le verbe. De ce syntagme découle l'écriture de Jacques Demarcq, où la balance du mot le partage à la fluidité d'un poète né sous le signe de l'eau :


d'Oise t'es
au cours d'eau



Prédestination et prédisposition : L'oise-eau donne des ailes à une poésie visu-aile et mob-île, qui tend à retrouver le principe originel de l'écriture : ces empreintes laissées par des oiseaux sur le sable qu'avait tenté d'imiter Tsan-Kié au XXVIIe siècle avant notre ère :


La mobilité est au cœur de la pensée chinoise, dans la calligraphie également.




La langue chinoise qui fonctionne avec des mots monosyllabiques, crée par juxtaposition et découpage une exponentialisation des sens qui module la prosodie et en décline la musicalité.

Modulation qui structure la prose aussi bien que le vers, et qui lie si étroitement la dynamique du sens à un rythme asématique, appuyant le plein sur du vide, que l'analyse prosodique a pu tenir en chinois la place de notre analyse grammaticale. Savoir couper un texte, c'était être en mesure musicale de le comprendre. ‘ ciseaux, zizos, zozios ! Mes doigts scindés pour compter les pieds!



Le chant est du silence évidé. Les Chinois bien sûr ont compris cela qui pensent le monde non pas en plusieurs dimensions mais en d'infinies directions. Quelques poètes aussi comme Mallarmé, Michaux, Maurice Roche ou Cummings, pour qui ì les oiseaux combinent pareillement le mouvement avec la voix, le son, le chant, et ils flysign, volent-chantent en trois réelles dimensions. " Jacques Demarcq partage avec ces poètes tutélaires cette virtuosité du trait qui chahute la linéarité de l'écriture, en proclame l'évi-danse. Scripta volant
... Ces Chin Oise Ries de Jacques Demarcq épousent la verticalité de l'écriture picturale des idéogrammes, titillent la trame des trilles et préservent la vitalité ondulante d'un verbe attei-gnant à la ì notion pure ". La démarche de Jacques Demarcq s'apparente à celle d'un Messiaen ou d'un Matisse. Envol et vol, qui en-chantent le sens et le dé-robent de ses atours. Ce n'est pas un hasard si l'écriture poétique a son origine en Chine, où le peintre est un poète, car le mot donne avant tout à voir, à entendre plus qu'il ne signifie. Il est ce qu'il dé-signe, c'est-à-dire à la fois le hasard mallarméen et le singe de lui-même, qui jongle ì de rythme en syllabe au milieu d'une jungle d'échos ". Plus qu'un art poétique, le ciseleur & oiseleur Jacques Demarcq propose ici l'infinie partition d'une auto-zio-graphie.
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