Cinq textes y compris les arbres (plus un) de Michele Zaffarano par Jean-Marc Baillieu

Les Parutions

19 janv.
2016

Cinq textes y compris les arbres (plus un) de Michele Zaffarano par Jean-Marc Baillieu

 



Depuis près d’un quart d’un siècle et la rive française du Léman, les éditions Alidades, animées par Emmanuel Malherbet, peuvent en remontrer en matière d’éditions bilingues (anglais, italien, russe,…). E. Malherbet mène sa barque en toute discrétion, sans désemparer, à prix coûtant… Pour celles et ceux qui ignoreraient encore cette très louable maison, cinque testi tra cui gli alberi (piu uno) / cinq textes y compris les arbres (plus un) de Michele Zaffarano, traduit par Olivier Favier, récemment paru, sera un révélateur. Ecartée la question de la traduction des finales italiennes en voyelles de tous les vers, adhérer au discours de M. Zaffarano relève d’une certaine évidence, la captation réfléchie, qui n’est pas naïve intuition, mais mise en perspective au plus près, ce que tend à signifier l’avant-propos (La cognizione del dolore / Connaissance de la douleur) d’après Antonio Gramsci. Et d’emblée le poème intitulé Gli Alberi / Les arbres (ex)pose l’affaire : « Esiste una parola/specifica/per definire un gruppo/di poci alberi/raggruppati,/questa parola/che definisce un gruppo/di pochi alberi/raggruppati/è la parola boschetto » : « Il existe un mot/spécifique/pour définir un groupe/de quelques arbres/rassemblés,/ce mot/qui définit un groupe/de quelques arbres/rassemblés/c’est le mot bosquet. ». Il ne s’agit donc pas, en ces temps où l’obscurantisme religieux tente (non sans violence) de reprendre le dessus, de prendre des vessies pour des lanternes, il s’agit, comme déjà Confucius y incitait, de définir avec justesse afin d’échapper à toute fumisterie. C’est là un parti-pris, un engagement de poète, et de non de « martien arrivé par hasard sur Terre » comme le suggère le postfacier Carlo Bordini. Michele Zaffarano regarde, sait regarder sans déplaisir ni complaisance, scrupuleusement et sans fioriture, dans une rythmique appropriée : Le printemps, Le livre, Les Fleurs, Les maisons. Le poète, né en 1970, qui dirige une collection aux éditions Arcipelago à Milan, a lui-même traduit des écrivains de langue française, et sait donc à qui et à quoi « exposer la poésie » (pas forcément dans un centre d’art contemporain…), d’autant que par ailleurs il met aussi en scène et propose des « installations sonores », cela écrit pour souligner que sa pratique est avérée plus qu’éthérée.