Fenêtres sur le monde de Raymond Bozier. par Alain Hélissen

Les Parutions

03 mars
2004

Fenêtres sur le monde de Raymond Bozier. par Alain Hélissen

Où qu'il se trouve, Raymond Bozier a pris l'habitude de regarder par les fenêtres ou d'observer les fenêtres. Fenêtres d'appartement, d'hôtel, de train, de cafétéria, de métro, de gare, d'ordinateur, pare-brise, autant d'images du dehors venues se rassembler là pour constituer le troisième volet des paysages avant l'oubli. Nous sommes ces êtres assis qu'un monde inversé a soudain jetés par les fenêtres. Composé d'une suite de textes brefs, ce livre revêt néanmoins une réelle unité. Au pouvoir tyrannique des écrans qui aspire les regards vers le trou sans fond de la nouvelle existence, Raymond Bozier oppose la vision primaire d'un voyageur ordinaire dont les yeux sont dirigés sur son environnement urbain immédiat, tel qu'il apparaît derrière quelque fenêtre provisoire au hasard de pérégrinations courantes. Fenêtres sur le monde dénonce avec force cet assujettissement au règne des images présélectionnées qui nous fait oublier qui nous sommes en nous abreuvant d'histoires ravisseuses de notre mémoire propre. Fenêtres sur un monde de l'oubli, sans passé ni avenir. Un monde aux multiples « péages » qui n'accède nulle part, sinon à son anéantissement. Oui, il faudrait une interruption générale des programmes télévisés et la vision affligeante d'une immense place hantée par le vent et couverte d'hommes, de femmes, d'enfants inanimés, couchés sur le goudron parmi une multitude de caisses en carton, de palettes de bois, de produits et d'appareils abandonnés en cours de déballage pour peut-être oser un retour sur image, pas celle d'une télé-surveillance planétaire mais plutôt celle, hors écran, d'un homme inconnu venu frapper un soir à une fenêtre.