Hubert Lucot : détresse de la vie, fléchage des mots et des images par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

03 févr.
2014

Hubert Lucot : détresse de la vie, fléchage des mots et des images par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sortant de certaines recherches et expérimentations Hubert Lucot pressé par le poids de la vie revient ici à des approches plus sages. Au moins pour l’une d’entre elles. « Deuil » est un journal non de résilience (ce mot valise est une panacée) mais de marche forcée où l’écrivain hors pathos et dans la brièveté retrace les premiers mois de veuvage après la mort de celle qui partageait sa vie depuis 1957 après leur rencontre au sanatorium des étudiants de Saint Hilaire du Touvet où vécurent de nombreux écrivains (Barthes par exemple). Avec « Décollages » (qui sont autant de collages) l’auteur reste celui qui raconte le monde avec des vignettes ironiques et/ou graves et où se retrouve ça et là son écriture sur cahiers d’écoliers.

 Cette double opération (entendons par ce mot ouverture de portes qui se ferment) permet une nouvelle fois la lutte contre le temps. Combat certes perdu d’avance (d’autant que la littérature ou l’art ne justifie rien, ne sauve pas) mais qui permet à un cours de se poursuivre. Dans le texte comme dans le collage  scintille l’astre du berger pour les regards sous éteignoirs. Les mots qui demeurent forment des franges et non un tissu. Ils tournent autour de l'amour (mais par la bande ) et s'abattent un à un comme des cartes cornées.  Ce sont autant de "mèches" comme disait Beckett en parlant des dessins de Bram Van Velde.

 On ne reste que trop peu habitué à lire ou regarder de telles scénographies volontairement sommaires. Elles sont des  mises à nu,  des dépeçages hors effet de voyeurisme. Elles prouvent que la littérature  n'est ni fait de nature, ni marâtre, ni mère protectrice. Il en est de même pour l’image. Simplement leur pas au-delà mène –en retenant le temps tant que faire se peut - où nous allons : la tombe ou les étoiles, c'est selon.