Or, s'il y a de l'injustice, ajoutent-ils, à enlever des femmes, il y a de la folie à se venger d'un rapt, et de la sagesse à ne s'en pas mettre en peine, puisqu'il est évident que, sans leur consente... lire la suite
Hérodote
Il y a quelque chose de si mystérieux dans les institutions
- unique forme de vie et simple modèle pour l'humanité -
que le mystère de l'individu, par comparaison, n'est rien.
Ces vers de Pier Paolo Pasolini (extraits de L'énigme de Pie XII, l'un des 11
poèmes inédits traduits par Liliane Giraudon, Jean-Jacques Viton et Andrea Inglese,
ce dernier présentant le dossier conjointement avec Stéphane Bouquet), ces trois vers
peuvent être reliés au dossier qui ferme le numéro, consacré à Lénine/Khlebnikov/
La Famine : où il est question aussi de dirigeants d'institution, croyants qui écrivent
(Lénine citant machiavéliquement Machiavel sans le nommer !), hauts clergés qui se combattent
sans charité
et sont joués par l'Histoire ; Yvan Mignot, dont le seul tort est de croire ses lecteurs aussi
érudits que lui, livre des documents passionnants sur la famine de 1921-1922 qui commença dans les terres noires
et s'étendit tout le long de la Volga jusqu'à l'Ukraine, contexte historique pour quatre poèmes
de Khlebnikov, tirés d'une somme de tous les vers et proses de 1919 à 1922 qu'Yvan Mignot a traduits pour
les éditions Verdier mais il faudra patienter.
Un numéro constitué uniquement de cela suffirait amplement à notre bonheur mais on y trouve aussi des
poèmes d'Adilia Lopes traduits par Henri Deluy : drôles, émouvants et toujours simples d'accès,
ces poèmes n'en sont pas moins des objets qui ne cessent de questionner leur mode d'être et leur sens.
Et ceci les rapproche de La connaissance par les moufles d'Eric Houser, à la différence que
le poète français étire l'espace pongien jusqu'aux limites des représentations les plus actuelles qu'il imite, le sourire
devenant alors plus nettement civique.
Des correspondances ramifiées, jusqu'à des dates et des lieux, des éclats analogiques et sons et de noms, parcourent ce numéro.
...on n'écrit pas seul, écrit Catherine Weinzaepflen qui s'efforce d'écrire avec Ingeborg Bachmann,
aimée de Celan et tragiquement morte à Rome en 1973.
Si bien qu'on se rêve dans la peau de ce lecteur naïf, en l'existence idéale duquel PPP voulait croire,
disposé à considérer comme faits objectifs et de consommation non ignoble, les choses plus intimes,
extravagantes et personnelles.
Ce sera le dernier numéro de la revue avec cet OURS,
Jean-Jacques VITON s'en explique ainsi en 3 ème de couverture :
A son arrêt de parution on peut dire qu’une Revue cesse d’exister – de produire,
de montrer, de dire, de traduire, de répéter. Elle cesse d’exister mais ne meurt
pas, on dit qu’elle disparaît. On peut dire aussi qu’elle va ailleurs se fixer.
Selon les circonstances de l’arrêt sur image que l’on a d’elle. La Revue IF s’est
fixée sur cette image d’elle-même. Poésie, poèmes de notre langue et des autres,
traductions multiples et fréquentes, extraits de prose, travaux incertains…
Premier trajet du n°1, en Août 1992, jusqu’au n°29 en Décembre 2006, puis ces
parcelles prises à l’affiche annuelle d’une manière de festival de styles inventé
par Hubert Colas, homme de théâtre, créateur d’un point de rencontre pour écritures
contemporaines dans un lieu marseillais dit Montevideo. Cette entente a conduit cinq
numéros de IF. Aujourd’hui, preuve faite, nous, Liliane Giraudon et Jean-Jacques
Viton, qui conduisons nos revues depuis 1980 (Banana Split ayant précédé IF et La
Nouvelle BS) décidons de laisser aux écritures contemporaines choix et responsa-
bilité du travail à continuer. Hubert Colas à un tournant de notre parcours a ouvert
son lieu à IF. Il est normal que IF continue avec lui lorsque nous décidons de
sortir de l’image.
Une sortie des artistes si magnifique qu'elle en laisse espérer d'autres.
