Il Particolare, 25 et 26, cahier Eric Clémens par Jacques Demarcq

Les Parutions

21 août
2013

Il Particolare, 25 et 26, cahier Eric Clémens par Jacques Demarcq

 

    En philo, je suis à peu près nul : niveau terminale (1965). En général, les poètes-philosophes m’ennuient, et les philosophes férus de poésie, je n’ose pas vous dire ! Je n’apprécie pas un poème pour ce qu’il pense, mais — de même qu’une peinture, sculpture ou musique — en tant qu’objet verbal — et visuel et sonore si possible — intervenant d’abord comme un acte. Ensuite, il arrive qu’au-delà du plaisir, de l’amusement ou agacement, de l’interrogation, cet acte produise aussi de la pensée chez qui l’observe — une pensée dont il est porteur, sciemment ou pas.

     Éric Clemens est un cas à part, et il était dans la logique de son titre que la revue Il Particolare (n° 25-26, hiver 2013) lui consacre un épais dossier. À part, en ce qu’il est un philosophe-poète plutôt que l’inverse — même si Christian Prigent hésite. Et que ses poèmes ne sont pas l’illustration (métaphorique, allégorique, etc.) de sa réflexion, mais une mise en pratique, une série d’actes verbaux : un peu comme les personnages de Sade passent aux applications dans le boudoir. Philosophe, le sujet central de Clemens est le langage. Il a ainsi écrit sur la démocratie, affaire de lien social, ou –guistique ; ou sur l'action, qui repose sur des faits de langage. Son dernier ouvrage porte sur l’idée de nature, ou « réel » (au sens lacanien), et plus précisément sur ce autour de quoi, sans l’atteindre, tournent les sciences actuelles (biologie, physique quantique). Les poèmes écrits en parallèle à ce dernier livre s’intitulent Mythe le rythme, Des choses de la dénature, et en dehors de l’allusion à Lucrèce (le maître de Ponge), les meilleurs moments sont assez déjantés, plus proches d’Artaud que d’un Valéry : échos syllabiques, dérives sonores, mots et syntaxe brisés, mobilité permanente de l’écriture, avec des rires et des grincements.

     Bref, le dossier est tout à fait intéressant, en particolare pour l’entretien avec Clémens. Un philosophe qui ne vous embrouille pas d’allusions à ce que vous n’avez pas lu, ni ne joue à l’inverse au wikipédagogue serre-file, ça change de l’ordinaire.