inch'menschen d'Antoine Dufeu par Charles Pennequin

Les Parutions

18 mai
2004

inch'menschen d'Antoine Dufeu par Charles Pennequin

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Une bonne raclée !





Jubiler m'obnubile.
Ce mot, en 4ème de couverture, comme clôture aux poèmes, avec son point d'interrogation, laisse un peu entrevoir l'univers de cette complexe combinaison que nous offre Antoine Dufeu.
L'aventure humaine avec ses conquêtes, ses guerres, les relations, les comportements factices, le sexe, les réflexions sur la poésie, tout s'entremêle, se cabre puis se déroule en mesure.
Car tout est mesuré chez Dufeu (Inch'menschen, d'après l'auteur, pourrait d'ailleurs se traduire par ce que veulent les êtres humains, dans leur mesure). Froid et cynique, il nous observe, constate nos petitesses, plans et cartes à l'appui, même si parfois ces cartes parlent aussi du tendre.

mais pourquoi les femmes ne se mettraient-elles pas à écrire des poèmes d'amour ? des bestioles pensaient, des épluchures pensaient, des êtres rêvés pensaient ; nous aurions pu être des dragons.

On peut trouver quelques clés à cette écriture, notamment en lisant les citations du début du livre, et parmi celles-ci, un extrait de Guyotat. Antoine Dufeu a été profondément influencé par l'auteur de Progénitures. Mais là, il semble que ce serait un Guyotat chez les moralistes que convoque Dufeu, analysant l'autre en combats rapprochés. Sans doute pourra-t-on y déceler aussi du Charles Fourier... cependant, le monde et la vie y subissent un traitement très actuel, dans les parages de textes comme Növö de Daniel Foucard, paru récemment chez Al Dante.

nous ne nous affichons plus, nous sommes régénérés ; nous virevoltons à nos aises, débarrassés du déclin et des certitudes présomptueuses.

La raclée serait donc cette écriture distante, aux accents durs et froids. Cependant, il existe aussi des sortes d'îlots réjouissants, tels que ce huitième lovement, donnant envie (c'est si rare !) de le relire. L'auteur interrompt alors la forme qui maintenait son texte dès le début, pour cette parenthèse sur le je suis . Cette cassure très assumée dans le rythme et le ton donne paradoxalement un sens véritable à l'ensemble de l'ouvrage et permet de constater définitivement, s'il le fallait, qu'il y a là un vrai travail d'écriture.
Ensuite, le poète revient aux errements antérieurset enfonce définitivement le clou par ses réfléxions poétiques :

nous ne sommes pas des poètes auto-satisfaits de leurs productions, terrorisés par leurs DEJECTIONS. nous nous sentons et exprimons de mieux en mieux et de plus en plus ; rares sont ceux qui l'ont compris.

Jubilation ?
Il nous fallait pourtant bien cette poésie que nous devons mériter, comme nous avons mérité celle de Lautréamont. Car il s'agit là d'un travail qui va sans doute compter, avec cette voix très particulière de Dufeu, une vraie voix, enfin!