L'eau mate de Bernard Manciet par Jacques Demarcq

Les Parutions

13 juin
2007

L'eau mate de Bernard Manciet par Jacques Demarcq

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   Bernard Manciet (mort en 2005) est l'un des poètes occitans qui ont dépassé la reconnaissance régionale. Diplomate jusqu'en 1955, il dirige ensuite la revue “c, avant de voir ses textes représentés au théâtre ou lus par lui lors des festivals de jazz d'Uzeste. Dans un entretien au Matricule des anges de 1997, il reconnaissait avoir un caractère viril et se battre « depuis quarante ans pour empêcher que ce travers qui consiste à enfermer la culture occitane ne devienne un vice. » Il annonçait aussi qu'il laisserait des textes posthumes. C'est de l'un de ces inédits qu'il s'agit.
   L'eau mate (non vive) est la résurrection de souvenirs dans les marécages landais. Le récit, découpé en 28 proses de la taille d'un sonnet, a pour fil l'avancée d'un automne, la végétation dépérissant et le ciel changeant. Rien ne dit que le « je » qui s'exprime soit un enfant, mais le suggère la mise à nu, sans les habits de l'éducation, des sensations rapportées. D'entrée, on assiste à une fusion du corps avec les éléments naturels :

Je respirais à très petits coups, comme les acacias par feuilles saccadées.

De physique, la fusion se laisse tenter par un anéantissement jouissif :

…tait-ce le bien-être, bien-être de la mort en toute chose ?

Je pris la lassitude des herbes, des nénuphars, faisant la planche au milieu de leur fatalisme.

Jusqu'à ce qu'un « nous », avec la montée de l'hiver, se substitue à « je » :

Un sommeil vivant gagnait nos sèves paisibles, qui se remplissaient de vue. À pleine haleine, nous nous apparaissions, progressivement.

   Manciet, bien sûr, a fait une fable de ses souvenirs. C'est l'intérêt de ce petit livre. Sa saison sauvage dans les Landes figure le parcours qu'un homme fait de son corps, au cours d'une vie. D'une grande sérénité, l'écriture est pourtant hypersensible, et libérée de toute convention de pensée.
   Pour les amateurs, dont je suis, de belle langue sans pose ni artifice.