L'Envers de l'esprit de Valère Novarina

Les Parutions

03 juin
2009

L'Envers de l'esprit de Valère Novarina

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Recueil de textes épars non référencés, textes de circonstance publiés ou non, meilleures feuilles arrachées aux carnets de bord ou de route, il pourrait s'agir d'un de ces livres que tout grand écrivain publie entre deux vrais livres. Même si le "la sortie d'homme" ou le "voyage hors d'homme ", Valère Novarina les a formulé (s) de trente-six mille façons depuis longtemps, "ornière" devant lui, "marécage " où il revient sans cesse creuser un peu plus, il nous donne un manifeste et son esthétique, une exégèse liée à une éthique sans laquelle on ne comprendrait pas sa dramaturgie (dont elle est l'origine), sa passion des systèmes et des langues, sa théogonie et sa mystique, sa joyeuse et humble connaissance du feu.
L'ouvrage va choquer la " bienpensance " qui domine jusque dans le milieu artistique parce qu'il renverse l'esprit du temps et détruit joyeusement toutes ses idoles :

Nous avons aujourd'hui à nous en prendre à la figure humaine ...

L'idolisation du visage humain est telle qu'elle mériterait, avoue secrètement (!) l'auteur, une interdiction de la télévision, du cinéma et de la photographie, à cause de leurs obscènes cadrages rapprochés. Il n'y a pourtant rien de sacré pour Novarina, sinon là où il faut l'attaquer, le sacré, dans ses lieux clos ... dans les sanctuaires murés, dans les livres idolâtrés qui s'ânonnent sans comprendre, dans les cultes marmuques, scuthriques, badiouques, pithécodarwiniens, omphroïdes, bogomiles et cathares, à Montserrat, à Nuremberg, dans les temples des Baal et des Astarté et dans la tête des suicidés du Temple solaire, chez tous les sectaires inventeurs de rituels et bâtisseurs de temples où l'on s'enferme entre "moi" d'une même espèce.
Tout en dessinant en creux un portrait de l'artiste en ami d'artistes (Pierre Lucerné et Daniel Znyk), en Savoyard et en Hongrois, en théologien et en mystique, en escaladeur, en herméneute de la Bible et de Jeanne Guyon, en mélomane, en metteur en scène et en Actes, en lecteur, en fervent adepte du " nommage " ce livre montre Novarina s'arrachant à l'homme par le bas, par la chair qui est toujours plus de lumière, dans ce théâtre de l'écriture où il s'efforce de prier, c'est-à-dire de penser les mains ouvertes.
Et le " critique " le nez dans la paraphrase, soumis à la disgrâce de présenter si benoitement des pages si ardentes, se raccroche à l'espoir de libération qu'elles ont suscité :

Ce qui libère l'esprit humain est son revers, sa chute.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. POL 2009
201 p.
15 €