L'inscription de la terreur de Yi Sang

Les Parutions

27 janv.
2012

L'inscription de la terreur de Yi Sang

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Le titre de ce livre n'a rien à voir avec les mimiques raccords de certains de nos snipers de la phrase de la phrase, il s'agit d'un recueil contenant des nouvelles et des poèmes de Yi Sang, un poète et artiste coréen dont la trajectoire fulgurante (1910-1937) rappelle celles de Rimbaud et Ducasse, de Jean-Pierre Duprey et Daumal ; il aurait laissé une œuvre bien plus abondante que tous ceux-ci réunis, si ses ayant-droits avaient fait preuve de plus de vigilance, comme l'indique le traducteur Ju Hyounjin dans sa postface, assortie d'une biographie.
Claude Mouchard, dans la sienne qui clôt le livre, offre une indispensable analyse centrée sur les déterminismes autobiographiques et le contexte historique et culture;.
Il y a, dans cette appropriation en temps simultané de l'héritage du surréalisme européen via le Japon (dérives oniriques hallucinées, fantasmes transgressifs, récurrence des motifs de métamorphose et de démembrement, dédoublement, décalages de logiques, jeux sur la métaphore, ébranlement des registres narratifs, animation de petits tableaux), quelque chose qui résiste mieux que la matrice originale, dans la traduction et dans le temps : des nouvelles, plus nombreuses dans ce volume, comme des poèmes (cf. Écrits de sang, octobre 2011) se dégage un très grand art d'intriquer désir et temporalité, de les chahuter, de les lancer

Elle prépare le petit-déjeuner nettement plus tôt que demain matin mais bien plus tard qu'hier matin.

et, sans que le flux de la lecture soit rompu, le coq amène l'âne, l'auteur, entre ingénu et ingénieur, tire le lecteur par ses peines et son âme d'enfant :

Pourquoi y a-t-il un aujourd'hui ?

Le narrateur est souvent, comme le lecteur, saisi dans son présent :

Elle se lève (je veux la décrire comme elle est maintenant, au moins ce qu'elle porte) mais elle renverse sa valise.

C'est renversant et drôle, tant et tant de rapports aux temps sont tentants, ils excitent.
Avec Yi Sang, la Corée, ce pays du matin calme selon la métaphore française traditionnelle, devient celui des soirs agités ; et, comme on a pu l'entrapercevoir dans le superbe Poetry de Lee Chang-Dong, Yi Sang n'est pas mort sans hértier.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. les Petits matins, décembre 2011
Traduit du coréen par Ju Hyounjin avec la participation de Tiphaine Samoyault et Claude Mouchard
Postfaces de Ju Hyounjin et Claude Mouchard
208 p.
12 €
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