La chair du Cenote de John M. Bennett par Jean-Marc Baillieu

Les Parutions

18 mars
2013

La chair du Cenote de John M. Bennett par Jean-Marc Baillieu

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Remercions une fois de plus Frédérique Guétat-Liviani de nous donner à lire un ouvrage des plus intéressants, La chair du Cenote de John M. Bennett, dans la collection La Motesta qu’elle anime à l’enseigne de Fidel Anthelme X à Marseille. Né en 1942, J.M. Bennett, qui vit à Columbus dans l’Ohio (U.S.A.), est « Poet and Head of Luna Bisonte Prods », structure qui a d’ailleurs publié un certain nombre de ses livres, parmi lesquels Philippe Billé avait traduit Rreves aux éditions du Silence.

Ce qui nous est présentement offert de lire est une œuvre originale mêlant anglais, espagnol, français, portugais, soit les langues des colonisateurs des Amériques, combinées en degrés divers dans les 49 poèmes en forme de récipients qui constituent ce livre présenté sous jaquette d’extérieur blanc, d’intérieur noir (où sont d’ailleurs repris en blanc deux des poèmes). Feuilleter l’ouvrage permet une première appréciation de la forme de ces poèmes avant tout visuels où domine le triangle qui diversement ordonne la suite des vers centralement justifiés. On pourrait penser à des récipients (pot, vase, verre, urne, sablier,…) qui accueillent des mots vivement différenciés par les ressources typographiques (corps, polices, tailles,…) requises à bon escient par J.M. Bennett (lui-même co-créateur d’une police) et l’usage concisément judicieux des signes de ponctuation. 

Nous avons ici affaire à un matériel textuel écartant de facto toute possibilité sérieuse de traduction qui briserait le sens et l’esthétique d’un projet qui tient parce qu’il mêle avec pertinence et élégance le signifiant et le signifié de lettres, de mots, de locutions, qui, dès lors, perdent et prennent sens dans l’agencement de leurs sonorités natives que la ressource typographique met en valeur ou en retrait. Le tout est admirablement maîtrisé, nullement répétitif, et, chacun, si souhait ou besoin, se munira des lexiques ad hoc pour pénétrer le sens des phono-graphèmes. Cet ouvrage, qui permet d’approcher les travaux d’un poète étasunien un peu en-dehors du circuit de celles et ceux qui nous sont habituellement proposés, est (pour 7 € !) une salutaire bouffée d’oxygène, car son, sens et signe y modèlent les résonances et ressources de poèmes subtilement non unilingues.