La fille qui ... de Marie Delvigne par François Huglo

Les Parutions

15 août
2015

La fille qui ... de Marie Delvigne par François Huglo

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    Celle que désigne la couverture, l’extérieur du livre, sa « peau ce tampon naturel » selon C. Yvroud, se conjugue à l’intérieur, mise en scène, en page, en rythme, distribuée entre des personnes, des personnages, des voix. La première dit « je ». La deuxième est celle de l’impératif qui lui donne la réplique (en gras), sur un mode ubuesque, la menace de trempe, de volée, de martinet, de fessée :
    « fichtre-toi
       si tu peux
       mais fichtre-toi vraiment
       pas pour du semblant
       du prout-prout salade de mirliton
       tson tson
       noie-toi
       si tu peux »

    Sur le même mode, le « je » reprendra : « je n’ai peut-être que ça à raconter mon lamento ma merde ma merdouille, tarte à la gueule sinon ».

    La troisième personne, celle qui figure en titre, est l’attribut de la première :
    « je suis en détention d’écriture
       (…)
       la fille qui cherche
       son
       os
       à
       ronger »
ou : « la fille qui danse ». Elle dit « je », la troisième personne revient à la première, quitte à la retourner comme un gant, comme une peau, à la tourner en dérision :
    « hein
       je ne danse plus je suis figée face à la page et j’en crève
  encore et en corps mon idéal mon bibi mon bobo
   mon bobo-bonobo
       mon kiki hein »

    Un théâtre cruel casse la lyre, le « cause » de because double celui de la causette, de la causerie, et l’inverse : « cause pas gentille la bimbo ». Le scénique casse le poétique :
    « ça fracasse la muse
       et ça l’amuse »

    Comme celle de Raymond Federman, l’écriture de Marie Delvigne est post-traumatique ; « écrire et rire » car « faut pas crier », c’est « crire » pour les enfants « qui n’ont pas pu être des enfants les enfants de la guerre / guerriers avant que d’être nés », enfants battus « de races abattues », prédestinés à « la recension de la poésie des fous et des crétines ».

    Une lettre, puis une autre à Charles Pennequin, ne seraient que « lombrics ». Réalité, la terre qu’ils absorbent et restituent ? Faut-il se vautrer dans la boue pour « s’aboucher à la réalité » comme le voulait le poète de L’ombilic des limbes ? « C’est un trou du cul ce nombril de poésie », ce lombric sorti de la bouche, cette question qui en bave. L’invertébré ronge son os de terre. Comme la peau, il « se laisse traverser / [par les chocs] » —le réel, le trauma :
    « à un moment donné de ma vie
       j’ai mué
       j’ai perdu la mémoire
       alors j’ai fait des lignes je tente de sortir de cette torture »

    Entrer-sortir, dedans-dehors : réversibilité entre personnes, personnages, autant de mues, d’avatars, en attente d’un Godot ou d’une God’Ass (titre de la pièce écrite par Marie Delvigne avec Raymond Federman), en souffrance entre cri dans le vide (au vide) et silence du vide, car il n’est pas de réplique (de double) à l’idiotie du réel, pas de réponse au « qu’est c’que j’peux faire, j’sais pas quoi faire » d’Anna Karina dans Pierrot le fou, au « je ne sais pas ce que je veux je ne sais pas si je vais le faire je ne sais pas y aller je ne sais pas où aller » de Marie Delvigne dans La fille qui




    
   

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