La Finitude des corps simples de Claude Royet-Journoud par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

11 mai
2016

La Finitude des corps simples de Claude Royet-Journoud par Jean-Paul Gavard-Perret

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    Claude Royet-Journoud demeure toujours à la recherche des racines. Reste à s’entendre sur leur  nature. Pour les « mauvais » écrivains elle est évidente :  il s’agit de celles de la vie revue et corrigée. Une Annie Ernaux s‘en est fait une spécialité. Sa diagonale habile qui au lieu de plonger vers l’abîme du langage s’incurve sur sa droite, sur sa gauche par affèteries surannées. Mais  le lectorat étant désormais en majorité sexagénaire et féminin, Annie Ernaux joue donc les bonnes âmes du Se Tchouan.
    
Si pour Claude Royet-Journoud aussi la littérature sert à vivre ce n’est pas selon les mêmes principes et précipices.  Après « La théorie des prépositions » (cinquième élément de sa "Tétralogie) où le littéral permettait de  savoir "ce sur quoi on glisse" mais où s'exerçaient la menace du réel et la  présence de la peur loin, l'auteur ose une poésie plus souple. Comme si - l’âge venant et lorsque cela est justifié – l’auteur pouvait  se permettre une certaine irrégularité symbole de liberté.
Tout commence par une forme d’inondation mentale : 
« La montée des eaux /repousse l'ordure / et fait surgir un corps oublié".  Pour le capter le poète évite les grands gestes, l'épanchement. La reconnaissance de ce corps nécessite une marche forcée et un recueillement "face contre terre" pour parler plus juste  et comprendre que toute irruption s'inscrit dans les vagues, les saisons.
     Le poète supprime tous les temps de reprise de la respiration dans une perspective chère à l'école qu'il avait inventée avec Emmanuel Hocquard il y a plus de vingt ans. Cherchant toujours les voies incertaines pour rester aux abords de la justesse le livre est à la fois conversion et stèle : il arpente et fixe, veut ignorer le lieu fatal où se perdent toutes les routes au lieu d'un bien commun qui est sans limite. Face à l’écroulement et l’écoulement le poète ne se détourne pas du putrescible. Mais l’idéal du regard de son esprit tente de se défaire de l’opacité par l'écriture et (ou de) la vie. Pour Royet-Journoud  les deux mots sont le revers et l'avers d'un même profil.
     Le change de cette monnaie de Janus doit être interminable mais nulle médaille n'est décisive.  C'est pourquoi chez Royet-Journoud l'œuvre reste à venir, chaque « pièce » est la pré-position de celle qui doit permettre au discours de se poursuivre. Dans  « La Finitude des corps simples »,  face à l'effritement, il existe la percée contre l'entrave comme le rebond face au terrible effacement de l'Histoire. La lenteur imperturbable d
u poème la remonte. Certes nul n'a le dernier mot mais perdure le murmure insécable de la vie  et son " inannulable moindre " (Beckett) sur lequel le couchant s'appesantit mais où la lumière du soir grandit.