La Garçon cousu de Liliane Giraudon (2) par Véronique Pittolo

Les Parutions

17 janv.
2015

La Garçon cousu de Liliane Giraudon (2) par Véronique Pittolo

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Le Garçon Cousu est un livre jubilatoire, attrape-tout, migrant, transgenre, en vers, en prose, un livre chirurgical pour coudre les peaux, raccommoder la langue, une langue qui s’est appauvrie dans l’indigence du discours médiatique et la parole politique communicationnelle. Un livre qui propose des pistes, les renverse, en propose de nouvelles, où le vers agit comme une formule, un énoncé inébranlable. Je pense à Duras pour l’aspect impérieux de la phrase, une phrase qui emporte sans regarder derrière, abolissant les frontières entre les rôles, les fonctions, les figures de style. Un metteur en scène et un écrivain deviennent les personnages d’une pièce mutante, Didascalie est un nom propre qui se joue des pièges de la grammaire. Les espaces réels sont également mutants, Giraudon décrit une résidence d’artistes comme le lieu inquiétant de toutes les métamorphoses, où les chiens aboient, les lamproies menacent, quand Etre une femme c’est un corps occupé . Un corps qui n’est pas seulement destiné à la reproduction. C’est l’écriture entière qui est corporelle, dans la pulsion de dire ce que personne n’exprime, comme cette lettre au Conservateur d’une bibliothèque, caustique, lucide, après qu’on eut  censuré un de ses livres. Liliane Giraudon révèle les rouages pernicieux de l’Institution culturelle qui exige des écrivains un formatage de la pensée, pour fabriquer des livres chantilly sous papier glacé. Etre utile, se vendre, créer un produit type, ce qui est requis dans le contrat du rendement culturel. Ne pas tenir compte du goût du public, quand on écrit, cela se paie. A ce titre, Un Conservateur, quand il devient l’ami d’un Directeur de Centre Canin, peut devenir un Nettoyeur. …

Un hommage à Huguette Champroux et à Hélène Bessette fait revivre de grandes figures de poétesses, sous forme de correspondance fiction, tandis que d’autres parties du livre ici rassemblées sont issues de dispositifs sonores, mises en voix, qui bousculent les conventions de la dramaturgie et de l’écriture de plateau. Le théâtre de Giraudon est un précipité de situations qui s’imposent sur une scène primitive, absolue, dans une langue décapée. L’émotion qui en émane provient de la fluidité de cette langue singulière, politique, insolente. La Poétesse se moule dans les habits de la Théâtreuse, tantôt narratrice, tantôt personnage.

Je pense aussi àLouise Bourgeois, à ces petits  personnages roses, cousus à la main, sculptures précaires disposées dans des cages, l’enfant réticent, cousin probable de la Poétesse : Ici entre le Temps. En collant rose. Ainsi est Le Garçon Cousu, avatar de  l’enfant rose, enfant de la femme qu’on a recousue, le prématuré, l’enfant générique de la poésie qui permet de boucler la boucle pour … allier la brutalité la plus forte à la tendresse la plus profonde.