Lectures avec tinnitus & autres acoustiures d'Oskar Pastior

Les Parutions

24 mars
2010

Lectures avec tinnitus & autres acoustiures d'Oskar Pastior

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Traduire en français et publier sous un titre aussi peu racoleur, le très grand poète Oskar Pastior, né en 1927 et mort en 2006, est une gageure, une tâche ardue comme l'avoue Jacques Lajarrige dans sa postface. C'est Alain Jadot qui s'y frotta le premier en 1990, dans un livre publié par Christian Prigent (Poèmepoèmes, TXT) alors que celui-ci séjournait encore à Berlin (avec 20 ans d'avance sur tout le monde comme d'habitude !). Avant donc que Pastior soit coopté par les Oulipiens, si bien que Lajarrige a raison d'écrire : ... plus que celui de la contrainte, le royaume d'Oskar Pastior est celui de la surcontrainte librement consentie, de la superposition de réglages textuels au sein d'un même poème. L'expérience de la langue comme une longue histoire, souvent également une histoire d'horreur, ainsi que le prouve l'anecdote du dépouillement dès l'ouverture du livre, voilà qui inscrit Pastior dans une tradition pour le moins éloignée du fort mal isthme.
Le principal atout de cette anthologie, le coup de génie de son maître d'œuvre se trouve à la page 115 : les 7 traducteurs, qu'il faut tous citer (outre Lajarrige lui-même : Sabine Macher, Hugo Hengl, Philippe Marty, Jean-René Lassalle, Joël Vincent et quelqu'un qui se cache sous le pseudo de NYcéphore Burladon) se sont attachés à livrer chacun leur version d'un même poème, FEIGGEHEGE, d'abord donné dans sa langue originale. Soit le 1er vers isolé de ce poème :

feigheit die ich meine

il est successivement traduit ainsi :

sens j'écris ton nom ( ) ébriété j'écris ton nom ( ) lâcheté que j'évoque ( ) lâchetés que j'ai en tête ( ) couardise dis-je ( )liberté dont je parle ( ) c'est d'la lâcheté que j'parle

Où l'on peut voir à l'œuvre et dans les interstices la lâcheté même du sens, vis-à-vis de laquelle poètes et traducteurs ivres s'arment du plus grand des courages.
Et Pastior peut faire les comptes, entre deux langues comme entre deux mères, isthme et en 5 vers :

...
L'utilité des vers s'avère en dehors des vers,
dans les choses,
lorsqu'elles gagnent en utilité.
Il en est de même de leur beauté, quand les hommes se servent des vers
pour devenir meilleurs.

Le commentaire de sitaudis.fr éd. Grèges (2010)
202 p.
20 €