Les livres de Jack Spicer

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04 mars
2006

Les livres de Jack Spicer

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Sous le titre , traduction des dernières paroles adressées par Jack Spicer (1925-1965) à son ami Robin Blaser, voici enfin traduits en français l'ensemble des livres de celui-ci dont seulement quatre parurent de son vivant, le fameux Billy The Kid en 1959 chez Enkidu Surrogate (Stinson beach).
Une traduction de ce poème majeur par Joseph Guglielmi a paru dans la revue Change en 1976 et a été éditée en 1990 chez Fourbis : le libraire et éditeur marseillais L'Odeur du temps la réédite suivi du texte original si bien que l'on peut comparer ce travail avec celui d'Eric Suchère qui vient de traduire les 12 livres pour Le Bleu du ciel : Guglielmi reste très proche de la concision et du rythme de la langue originale mais il simplifie tandis que Suchère laisse planer l'ambigüité, attentif aux alliages manifestant tout l'art du linguiste qu'était Spicer - qui n'aurait toutefois pas fait de fautes de grammaire comme Suchère au 1er vers du IX de la page 143.
…galement alcoolique épris des Légendes dans la marge de la Beat generation qu'il pouvait railler avec finesse, Jack Spicer est sans doute le premier à avoir instauré un dialogue comico-docte avec pairs et idoles, fantômes qu'il fait correspondre et l'aident à mettre la poésie en question au coeur même du poème, toute la poésie TIR (tradition-invention-réception), tout en affichant ses volontés ; ainsi écrit-il à Lorca dès 1957 par delà la mort de celui-ci :

J'aimerais désigner le réel, le révéler, faire un poème qui n'a aucun son en lui mais le désigne du doigt.

Avec pas mal de complications car :

Pour décrire le monde réel,
Même dans un poème
On oublie le monde réel


Plus que son "vocabulaire" ou l'alcool, c'est sans doute cette quête de l'Impossible (il chasse le Snark et écrit son Saint Graal au début des années 60 !) qui le jette dans le sillage de Rimbaud et le tenaille au point de le tuer mais sa posture n'a rien de celle d'un lyrique ni d'un post-romantique ni d'un couillon comme dirait Nathalie Quintane - qui signe une très drôle et éclairante préface ; Spicer l'insolent ne nourrit aucune illusion dans les ressources de l'expression d'un Sujet, ce qui nous le rend bien plus précieux aujourd'hui que Ginsberg and co.
En ces poèmes souvent brefs et simples, Dieu s'incarne aussi réel que les morts, les poètes contemporains de Spicer, l'Alcool, Buster Keaton, la Vierge Marie et les Beatles.
Page 347
La table des matieurs
elle-même avec ses errères
ressemble à un beau Spicer
Il faut vivement remercier Eric Suchère, Eric Giraud
et l'équipe du Bleu du ciel pour ce livre qui va incendier pendant longtemps le chevet de tous les jeunes poètes et poètes jeunes.
En Jack Spicer qui écrit heurté le mot réellement heurté , ils trouveront un maître en stratégie, un Fou de Poésie et un Mort d'amour à qui parler.
Le commentaire de sitaudis.fr Collection américaine dirigée par Eric Giraud.
Traduction de l'anglais US par Eric Suchère
éd. Le Bleu du ciel (Bordeaux- 2006)
348 p.
25 €