Les Petites sirènes de Frédérique Guétat-Liviani

Les Parutions

11 juil.
2011

Les Petites sirènes de Frédérique Guétat-Liviani

Même lorsque la cause semble un peu trop entendue (ici l'oppression de femmes artistes dont certaines sont célèbres) et que le risque d'instrumentaliser l'écriture est grand, FGL convainc comme poète et artiste par la grâce de ses mots si simples entre lesquels perlent des creux, extrait de la p. 37 :


Madeleine de Passe


Le ciel est couvert.
Maintenant il pleut alors je reste à la maison.
J'en profite pour évider. J'aime le bruit que ça fait.
J'aime surtout l'espace finalement rendu.
Je m'insinue dans les creux.
Certaines disent qu'il y a quelqu'un dans leur vie.
Je n'ai personne je peux percer piocher être fossoyeuse.
Le soir quand mon travail est terminé j'observe les insectes.
Ceux qui rampent et creusent les galeries.
Je pense qu'ils font un peu le même métier que moi.
«a dure toute une vie c'est long l'excavation.
Les insectes et moi nous ne cherchons pas la lumière.
Nous l'inversons la déplaçons sans cesse.
C'est ainsi que nous rendons limpide l'obscur.
En ce qui me concerne je suis incolore.
Mon visage est blême mes cheveux blancs avant même que la vieillesse ne m'ait atteinte.
Ma vie sera courte.
L'encre est une terrible épreuve.
Mais je n'épargnerai pas le noir.
Je ne reproduis rien il faut qu'il le comprenne.
Je traduis c'est tout.
Je pénètre et j'entame.
La pluie redouble.
Les rampants se noieront. Pas moi.
Je connais la force de l'eau.