Les Poésies de François Caradec par Jacques Barbaut

Les Parutions

17 avril
2013

Les Poésies de François Caradec par Jacques Barbaut

 

Du poète tel est le sort

comme celui du hareng saur

s’il ne rime plus il est mort.

« Berceuse »

 

Les Poésies de François Caradec – Mifes toutef enfemble & dediees aux Lecteurs –, qui font le grand écart entre 1946 et 2008, sont éditées sobrement chez Maurice Nadeau et préfacées fraternellement par Jean-Jacques Lefrère.

Elles accueillent impromptu l’un des cent mille milliards (100 000 000 000 0000) de sonnets prévus par Raymond Queneau – en vérité de très belle facture.

En batifolant parmi les Poésies de François Caradec, on voit du – plat – pays :

L’Hollande est un pays plat comme une galette

on y voit des maisons des boîtes d’allumettes

des jardins si petits qu’on les cultive à la fourchette.

On y aperçoit notamment la silhouette du « grand silencieux » :

Si l’on te disait

Pascal Pia est là qui t’attend à la porte

Il tient dans sa main le manuscrit des Chants de Maldoror

Qu’aurais-tu à lui dire aujourd’hui que tu n’as pu lui dire

— et l’ombre du « plus grand magnétiseur des temps modernes » :

Monsieur Raymond Roussel ouvre des parenthèses

Et dans ses parenthèses lève des hypothèses

[…]

Leur absence de sens ne manque pas de sel,

Elles feraient rougir une Rose, crémière.

On y pratique des exercices de géométrie amusante (« La gidouille ») :

Je suis la parallèle infiniment finie

Qui tourne autour du pot de la cosmogonie

J’inspire à chaque spire

Un vers à Shakespeare.

 

Ces Poésies – qu’il est convenu d’appeler un « recueil posthume » – de l’éditeur des Œuvres complètes d’Alphonse Allais, le biographe impeccable de Raymond Roussel, le régent du Collège de ’Pataphysique et le membre de l’Oulipo, le Papou itou, l’isidore-ducassien, le cousin par alliance de Noël Arnaud, l’auteur d’un Dictionnaire du français argotique et populaire, d’une Vie du Pétomane et de la Femme à barbe, le signataire d’un Manuel des farces et attrapes sous le nom d’Alphonse de Crac – j’en passe et des meilleures –, hébergent aussi ce distique (12 + 12 pieds) :

 Le poète au matin a quitté son logis

Il est entré le soir dans une anthologie.

 

________________________________