manque de Dominique Fourcade par Matthieu Gosztola

Les Parutions

20 août
2014

manque de Dominique Fourcade par Matthieu Gosztola

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— écrire sur. écrire sur les morts. les disparus. nos chers disparus. écrire depuis toujours. depuis là. depuis ce point de cette table. de cette fable. et en même temps depuis jamais. écrire sur les morts, avec leur trouble, leur présence sublime du rien en vie, leur danse exacte dans les secondes. dans la façon qu’ont les secondes de, transparentes, sursauter,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, au plus cœur de la nuit. écrire et se taire. écrire parce que se taire. 

— écrire pour cette « vision dans le temps » qu’est la mémoire, dit/a dit Théodule Ribot : elle est ainsi, une fois, quand il cherche à la définir. a cherché (Les Maladies de la mémoire).

— écrire pour l’éther. pour être. être dans l’éther…………………. l’être. être avec les anciens. qui (Aristote, Traité du ciel) « ont donné le nom d’éther au lieu le plus élevé, dérivant son appellation du fait qu’il court perpétuellement pendant l’éternité du temps ».

— pendant.

— écrire pour être dans le creux, dans le mouvement de l’éther. « mouvement circulaire […] incapable d’être mû selon un mouvement local […] ». l’éther ne peut « se mouvoir d’un autre mouvement que de son mouvement propre ». il est « ingénérable, incorruptible […] éternel […] sans vieillissement, inaltérable et impassible ».

— impassible : « il vivrait sans l’amour lié au fait d’être nommé ».

— impassible : « Mais nous, même quand il s’adresse à nous, comment le trouver parmi ce qui n’a pas de nom et qui est partout ? »

— pendant […].

— impassible : « pour résumer : parce que je t’aimais, j’ai dû écrire ce texte / je n’ai pu comprendre qui tu étais et combien je t’aimais qu’en / écrivant ce texte ».

— impassible : « Il y a quand même un prix à cela : à l’entrée du livre, un échantillon de ma voix d’enfant m’a été demandé. »

— chanson VII : « je veux que personne ne meure / je le vois, dans son berceau / je veux que personne ne meure, ne mourez pas, je suis à bout de forces élégiaques / de son berceau, il me berce ».

— chanson IV : « se retirer de la peinture, ou de l’écriture, ou de quelque analogue physicalité / c’est se retirer du corps de l’autre – du corps de l’une / j’ai cela à dire, avec les mots qui me restent, parmi les plus proches, les plus accessibles, le plus alarmant de l’adresse ».

— impassible : « remorque où embarque le bleu auquel j’appartiens ».

— impassible : « Et ce silence n’est pas une paix. Il est un méthodique unisson de frissons, en immense épisode. Il est aussi un être-là de soleil nuit (une photographie). »

Bleu de Chanel : « Je croise une femme, également à son trapèze, toute à son balancement – bien qu’en phase, nous nous ignorons. Nous sommes intensément concentrés et rêveurs, essentiellement nous nous balançons pour nous-mêmes, et c’est ce qui fait que les lecteurs ne nous quittent pas des yeux. À un passage, sur une impulsion majeure, je lâche tout pour rejoindre son parfum. Ça donne Bleu, de Chanel. »

— impossible : « Beaucoup. Elle nageait, mais alors beaucoup, tous ses amis savaient ça d’elle, loin longtemps. La piscine de la rue de Pontoise ou les Cyclades nulle différence, positivement l’eau l’aimait. Elles avaient l’une de l’autre un désir partagé – un désir, une intelligence mutuelle. Je me dis que quand elle nageait elle ne faisait qu’un avec elle-même – c’est ça, le désir partagé, ou me trompé-je ? »

 

                                    Un-Être-Là-De-Soleil-Nuit--------------Chut-Dodo