Parler avec le poème de James Sacré

Les Parutions

28 nov.
2013

Parler avec le poème de James Sacré

 

Bien connu de tous les poètes et même au-delà, James Sacré est aussi mal connu parce que, du fait de l’apparente simplicité de son travail, chacun en a conçu l’image facile d’un gentil néo-bucolique (quoique madré et bien enraciné dans le paysage actuel), et se croit ainsi dispensé d’une attention plus soutenue.

Ce livre, stimulant montage d’entretiens donnés de 1979 à 2009 à de nombreux autres poètes ou critiques, défait nos clichés et apporte son réjouissant lot de surprises par exemple lorsque James Sacré révèle l’importance de sa lecture de la Justine de Sade dont il est sorti «  tellement désemparé » ; ou bien les passages intitulés Modernité, Maladresse ou ... Saleté.

Qu’il soit question d’écriture, de la bibliothèque, du rapport à la langue ou au paysage, sur des sentiers donc bien tassés, James Sacré fait souvent miroiter le moment inaperçu des repères communs et il en instaure d’autres que les non lecteurs de Lacan et Derrida peuvent saisir aisément ; c’est parce qu’il ne cherche pas à se démarquer qu’il se démarque, son déballage de bibliothèque est aussi joyeusement non conforme aux us de l’époque, il n’hésite pas à dire quels poètes contemporains francophone il a lus (dont Denis Roche) et cite généreusement les poètes contemporains dont il se sent proche, Pascal Commère, Antoine Emaz pour les plus connus, Paol Keineg, Claude Mouchard et Jean-Marie Perret pour les autres.

Au cœur du recueil, de la page 115 à la page 138, on peut lire un choix de poèmes, une respiration nécessaire au milieu des paroles sur le poème et moins sûres, mince anthologie sans laquelle on n’aurait pas affaire à un livre aussi bien intitulé, faisant AVEC ; et l’ensemble exauce le vœu explicite de la page 150 : « J’aimerais que la poésie soit quelque chose qui traverse tout le langage, qu’elle rompe tout carcan langagier. »

Pour donner davantage envie de lire ce livre, il suffit d’en extraire le passage choisi par Daniel Sangsue, le Directeur de la collection ; comme il figure sur le premier rabat de couverture, beaucoup apprendront à quelle distance James Sacré se tient des jérémiades ordinaires du milieu sur la désaffection des lecteurs de poésie :

 « En fait, je ne suis pas persuadé qu’il y ait si peu de lecteurs de poésie. Et puis d’abord qu’est-ce qu’un lecteur de poésie ?  Peut-être qu’il ne faut pas en avoir lu beaucoup, de poésie, pour pouvoir en être à l’occasion touché. Une seule expérience, même fugitive est peut être suffisante pour colorer une vie. Quelques pages lues à l’étal du libraire ne font-elles pas de vous un lecteur de poèmes ?

Et ceci n’explique-t-il pas cela : si on retrouve le qualificatif « poétique » un peu partout n’est-ce pas parce que plus ou moins tout le monde a fait l’expérience de lire ou de chanter un poème ? » (2001, avec Antoine Emaz).