Petit éloge du catholicisme de Patrick Kéchichian

Les Parutions

03 sept.
2009

Petit éloge du catholicisme de Patrick Kéchichian

Les artistes et les intellectuels catholiques dignes de ce nom, doivent bien être mille fois moins nombreux aujourd'hui en France que ceux qui garnirent les rangs de l'extrême gauche en France en 68 : à peine un groupuscule !
Et si l'écrivain qu'est Patrick Kéchichian peut revendiquer une brillante généalogie (St AugustinJean de la Croix, Pascal, Kierkegaard, Huysmans, Péguy, Bernanos, Chesterton, Charles Du Bos, Max Jacob, Claudel, Léon Bloy, Jacques Maritain, Mauriac), justement convoquée dans ce livre, il peine à citer des contemporains, des frères qui ne soient pas des écclesiastiques ou des théologiens : Jean-Luc Marion et Jean-Louis Chrétien semblent bien isolés et privés des liens à un public élargi dont furent gratifiées les générations précédentes.
Parti de rien, c'est-à-dire de Cioran et de son nihilisme pertinemment brocardé comme celui d'un poseur, il s'est précipité au pied de la Croix avec la ferveur et l'inspiration des grands convertis, avec ce qui est plus rare, une humilité joyeuse : car PK est à la fois un mystique dont l'expérience est parlante bien au-delà des chapelles et un fidèle paroissien à l'aise dans ses baskets bénites, même s'il fait entendre une voix sûre et neuve, condamnant aussi bien certain crétin mitré antisémite que l'arrogance critique répandue dans la frange la plus cultivée de l'Eglise.
Ce livre irritera pas mal d'athées militants et tous les croyants dans le Progrès, il sera regardé par la majorité de ceux qui fréquentent ce site avec une commisération attristée ; nombre des amis de PK considèrent qu'il est devenu fou mais ce n'est pas un fou de Dieu, c'est l'un de nos grands écrivains, on peut le dire avec bien plus d'aplomb et de certitude depuis qu'il ne dispose plus d'espace de pouvoir dans un grand quotidien. Et ce grand écrivain étonne et subjugue, lorsqu'il écrit sur le milieu littéraire et sur l'art dans la dure et si pure tradition des Provinciales :

L'excuse de l'art qui dissimule grossièrement l'avidité pleine d'angoisse du moi à l'égard de lui-même, le culte de l'exception qui en procède, conduisent le candidat à sa propre gloire à tenir ses semblables, quand ils ne sont pas des admirateurs militants, pour des êtres négligeables, impuissants à s'élever au niveau de l'art, de l'artiste surtout. Une implicite hiérarchie des personnes se trouve ainsi établie. Des mérites imaginaires, associés à la courbe des tirages, à la notoriété, au scandale parfois, en forment les degrés, jusqu'à la récompense d'une décevante lumière artificielle. Quant à la gloire, elle se trouve ramenée aux dimensions étroites de la défense et de la promotion de soi, ce "commencement de saleté ".
Le commentaire de sitaudis.fr folio Gallimard inédit (2009)
124 p.
2 €