Plouk Town de Ian Monk par Bruno Fern

Les Parutions

21 févr.
2008

Plouk Town de Ian Monk par Bruno Fern

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L'écriture de I. Monk travaille une langue issue d'un lieu qui ne risque pas de se situer dans la commune la plus riche de France :

loin y a quoi eux les bourges les flics

langue donc socialement marquée 1 mais qui, passée à travers diverses contraintes (mot obligé puisque l'auteur se dit ouvertement oulipien), sonne tout autrement : l'énergie verbale originelle, dominée par une oralité souvent crue, s'en trouve aussi bien canalisée qu'amplifiée. Ainsi se déploie un ensemble polyphonique où différents discours se cognent contre les murs formels, la plupart d'entre eux créant une rythmique lancinante :

avant de naître y a le silence le vrai / avant de naître y a le noir mais total / avant de naître y a une dalle mais astrale / avant de naître y a les gaz de mère.

Cela donne un livre singulier, à la fois inscrit dans l'époque et démarqué des modes, en tout cas ne pouvant être rattaché ni au lyrisme dit critique ni à cette tendance qu'Eric Suchère résume par : « Idiotie, minimalisme, ritournelle, poème sériel... les mots magiques sont lâchés. » 2
Dans un pareil « cadre de vie », la difficulté à se lever tôt, devenue obsessionnelle dans un certain discours politique, revient régulièrement :

au jour le jour / on se lève pas / on se lève quand / même avec le jour / à un moment donné / juste avant que demain / arrive avec ses baskets / de merde déjà mises / sa casquette de travers.

Cela dit, il n'y a aucun misérabilisme geignard :

tu pleures plus ici / sur ton sort surtout / pas ici tu suintes / tout simplement comme chienne / qui s'accroupit pisse / sur le trottoir de / tes pensées de merde

mais au contraire, multipliant ses points d'énonciation, la narration 3 garde, souvent avec humour, une juste distance :

tu es l'homme invisible toi tu / vois tout entends tout captes tout tu / te grattes on regarde ailleurs quand tu / parles on fait le sourd

et celui qui y est désigné comme l'auteur cherche à éviter à sa manière, grâce au décalage qu'implique l'écriture, la chute finale :

regarde la voisine boit la voisine elle frappe / maintenant ses mômes leurs visages et leurs membres / est-ce que tu te souviens de ça / toi moi presque à peine péniblement c'est / pour ça elle lui eux ici même que / j'aligne les mots puis je vous emmerde.







1 Ce que souligne H. Le Tellier en 4ème de couverture : « Un poème comme Plouk Town tu peux pas l'écrire tu vois si tu crois que dans la Vraie Poésie avec des majuscules il n'y a pas de « salope » et de « ton cul » et de « sécu » même si dans la vraie vie sans majuscules il y en a de ces trucs (... ) ». Cela dit, I. Monk ne s'enferme pas pour autant dans un lexique que certains qualifieraient de pauvre mais pratique parfois le métissage : on regarde les nichons qui sautillent scintillent pétillent potellotent / tangiblement irrésistiblement tétinement / casse-toi connard .
2Action poétique, n°189, septembre 2007.
3Le texte présentant le livre sur le site de l'éditeur précise que pour I. Monk il s'agit de « réaffirmer la possibilité pour la poésie de parler de tout et d'assumer une dimension narrative ».