Quarto Pierre Jean Jouve par Tristan Hordé

Les Parutions

08 sept.
2014

Quarto Pierre Jean Jouve par Tristan Hordé

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Pierre Jean Jouve, rallié au général de Gaulle après le 18 juin 1940, a passé la durée de la Seconde Guerre mondiale exilé à Genève avec son épouse, la psychanalyste Blanche Reverchon. Il y a mené par la plume une activité de résistant, aidé par plusieurs personnalités du monde artistique, qu'il connaissait auparavant ou avec qui il se lia pendant ces sombres années. C'est pourquoi de nombreux documents le concernant — manuscrits, correspondances, photographies — sont aujourd'hui en Suisse ; la livraison de Quarto, grâce à Stéphanie Cudré-Mauroux qui la dirige, a puisé dans les riches Archives littéraires suisses pour restituer des aspects de la vie d'exil du poète et présenter quelques-uns de ses proches.

   Bien des noms ne sont pas connus du lecteur qui, lisant Paulina 1880 ou Sueur de sang, ne s'est pas intéressé à la vie de Jouve. Suivre ses relations avec Gabrielle Boissier, Georges Borgeaud ou Jean Léon Donnadieu ne changera peut-être rien au plaisir de ses lectures, cependant il découvrira comment Jouve « écrivait et récrivait ses textes »,  « supprim[ant] des phrases entières sans remplacement » (J-P Louis-Lambert), et, à partir de l'analyse d'une correspondance, comprendra  « comment le génie de la création prend racine dans les choses les plus matérielles, depuis les détails du quotidien jusqu'à l'angoisse d'un être torturé. » (B. Bonhomme). Muriel Pic  « suit les traces de Jouve dans les archives de Starobinski » et, à l'issue de sa lecture, suggère que  « la prophétie semble s'imposer comme un invariant secret de la relation critique de Jouve et Starobinski », ce qui conduit à relire autrement les textes du critique. Starobinski, justement, ouvre ce numéro de Quarto, en relatant ses souvenirs des "Semaines Musicales" de Gstaad d'août 1942, auxquelles il assista comme Jouve, et sa rencontre un peu plus tard avec Pierre Emmanuel et Pierre Seghers. Jouve écrivit à propos de ces journées musicales un article repris ici, commentant des œuvres de Haydn et de Mozart.

   L'iconographie offre aussi bien les reproductions d'une affiche pour une conférence de Jouve et des couvertures d'éditions originales, que celles de manuscrits et du recto et verso d'une carte postale adressée à Blaise Cendrars (qui, après un temps d'amitié, écrivit le plus grand mal de son contemporain). S'ajoute une série de négatifs pris entre 1916 et 1917 — une des photographies illustre la couverture —, qui donne lieu à une enquête approfondie de Stéphanie Cudré-Mauroux pour identifier les personnages sur les clichés, situer aussi les circonstances dans lesquels ils furent pris. On rencontre notamment dans son article Romain Rolland, le graveur Frans Masereel, les Klossowski..., parmi d'autres « éminences littéraires venues de toute l'Europe non-belligérante » et reçues dans la famille Bille, dont le mécénat permit d'accueillir bien des artistes.

   Le travail minutieux des contributeurs permet de préciser le rapport de Jouve à la Suisse, qui a tenu une grande place dans sa vie et son œuvre, mais aussi d'éclairer sur plusieurs points sa manière de travailler. C'est une première étape dans l'exploitation d'un fonds important concernant Jouve, donc plus largement l'histoire de la poésie au XXe siècle.