R. de Céline Minard.

Les Parutions

04 mai
2004

R. de Céline Minard.

Voilà un livre qui aurait disparu dans les placards de Sitaudis si Mireille Cardot (qui signe "une lectrice de Sitaudis") ne nous avait adressé ce mail :
Le site (de l'éditeur- NDLR) en donne une assez bonne description mais ne permet pas de deviner le plaisir jubilatoire qui vous prend à la lecture de ce livre dont personne ne parlera (pour le moment) bien entendu. Je ne connais pas l'auteur, je ne suis pas de sa famille mais j'ai envie de l'offrir à tout le monde.C'est plutôt rare non?
Rare aussi ce type de courrier : beaucoup de lecteurs nous écrivent mais ils sont la plupart du temps auteurs eux-mêmes ou professionnels du livre... une lectrice, voilà qui devient vraiment rare! Voilà qui méritera post mortem de donner son nom à des rues et d'avoir sa statue dans les jardins publics!
On a donc poussé un peu plus avant la lecture de cet ouvrage, rebutant dans la mesure où les 130 premières pages pastichent, sans toutefois les maîtriser tout à fait, le récit picaresque et la langue du XVIIIème. Plus grave, il n'y a pas la moindre justification littéraire à ce décalage d'époques sinon le plaisir de quelques anachronismes ou juxtapositions (La Cour/ Le Centre Pompidou). Comme les éditeurs, grands ou petits, ne font plus leur travail, les écrivains d'aujourd'hui sont plus tributaires que jadis de leur premier cercle de lecteurs et l'on déplore l'indulgence de celui de Céline, dommage parce que le projet avait de quoi séduire : un narrateur quelque peu innocent mais non dénué d'intelligence met aujourd'hui ses pas dans ceux de son lointain aïeul, Jean-Jacques Rousseau. Et il arpente les mêmes contrées dans le but de rattraper ces choses que R. s'en était voulu de n'avoir pas faites, en particulier de n'avoir pas tenu ses journaux de voyage.
À partir de la page 132, changement radical, on se trouve devant un dispositif moderniste : une tentative intéressante de retranscrire la marche dans tous ses états, associations et impressions, malheureusement en trop petits caractères. Et juste avant la recension minutieuse des conditions matérielles de production de ces écritures (équipement et nourriture, matérialisme encyclopédique), Céline Minard s'abandonne aux délices de l'épistolier avec quelques lettres, adressées à Rousseau aussi, d'un oncle du narrateur. D'où l'impression générale d'un premier livre plein d'élans confus, désordonnés où l'on repère des qualités qui permettent de comprendre l'enthousiasme de notre lectrice et celui d'Eric Dussert qui lui consacre la quatrième du n° 53 du Matricule des Anges : un goût pour la folie de la science et un humour libertin assez savoureux.
Il y a de quoi encourager l'auteur, certes mais pas au point de trouver son livre magistral (Dussert) : un travail sérieux de la Grammaire du français d'Alain Frontier lui serait très bénéfique (elle apprendrait par ex. que pallier est un verbe transitif direct.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. Comp'Act (2004)
231 p. + un dossier comptable
19 €