Résistance de Victor Serge

Les Parutions

26 mai
2016

Résistance de Victor Serge

 

 

 

Excellente initiative que celle des Editions Héros-Limite, de rééditer ces poèmes * de l’un des derniers héros ou saints très profanes du XX ème siècle, Victor Serge, exilé russe à Paris retourné dans son pays pour appuyer la révolution et l’un des tout premiers à dénoncer le stalinisme.
C’est d’abord un miracle que ces poèmes nous soient parvenus comme l’explique Jil Silberstein dans sa courte préface.
C’est un miracle ensuite qu’ils échappent au désespoir qui eût pu être celui de l’auteur de S’il est minuit dans le siècle alors qu’il était déporté dans l’Oural en 1934.
C’est enfin un autre miracle que ces poèmes n’aient pas été pris dans la glaciation mortifère des circonstances ; ils sont d’une vigueur gorgée d'espoir sans fondement et d’une actualité saisissantes :

Pas une parole nouvelle ne germe pour toi, camarade,
ton problème est sans solution,
il est en ciment armé, ton problème, avec une
       armature en acier,
et nous sommes dedans

 Soyons durs, aussi durs que les chaînes, avec le temps,
       la chair usera les chaines,
avec le temps, l’esprit fera sauter les chaînes …

Libres de toute contrainte, ils sont néanmoins composés avec rigueur, avec une savante attention aux rythmes comme aux effets visuels et sonores, ainsi qu’on peut le voir ci-dessous dans la récurrence de la syllabe CO :

...
la
corde au cou.
Chante Alexis, ton
compte est bon,
vieil insurgé,
avec cette gueule de
coolie,
...

 Et à la fin du poème, jouant et déjouant nos attentes de lecteur jusqu’au dernier mot, un battement :

 La nuit, descend, la barque accoste,
...
debout et libres et
consentants

Ces poèmes sont miraculés et ces vers libres comme leur auteur, d’une folle liberté, n'obéissant qu'aux rythmes d'un cœur et d'une langue plus forts que les cauchemars de l’histoire :

 Si d'autres trouvent en ton cœur mille fois
poignardé
de quoi vivre et te résister pour te sauver dans
vingt ans,
cent ans,
bénis soient-ils par nous qui n'avons jamais cru aux
bénédictions,
bénis soient-ils dans le secret de nos cœurs
par nous qui ne pouvons rien de plus.

 

 * édités d'abord dans la revue Les Humbles en 1938 puis chez Maspéro en 1972 et en 1998 (Plein Chant)

 

Le commentaire de sitaudis.fr

 

Éditions Héros-Limite, 2016
coll. feuilles d'herbe
96 p.
8 €