Sker de Liliane Giraudon.

Les Parutions

29 oct.
2003

Sker de Liliane Giraudon.

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L'auteur de ce livre a figuré dès le début du site, sur une liste que certains, et jusqu'à récemment encore Michelle Grangaud, ont qualifié des "exclus" de Sitaudis (on leur fait souvent remarquer que Mallarmé y figure aussi, ce qui implique un minimum de respect pour lesdits exclus).
Liliane Giraudon, grande figure de la poésie contemporaine française, initiatrice de nombreuses manifestations, institutions ou revues, "marraine" de réseaux solidement maillés, ne nous avait jamais adressé ses livres jusqu'à présent et les extraits lus ici ou ailleurs ne nous avaient pas vraiment incités à les obtenir.
Mais "Sker" est un très bon livre, neuf et stimulant.
Ce pourrait être un carnet de bord sauf qu'il n'a, comme le fait justement remarquer Giraudon, pas de bords. Pas de limites, même le goût, la conjugaison, l'intelligence et le bon ton y sont offensés avec détermination à plusieurs reprises. Pas de fond si ce n'est l'inquiétude d'écrire et le projet très deleuzien tel que défini à partir de la lecture de Robert Walser : Un individu acquiert son véritable nom propre à l'issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation. Sauf que Giraudon, qui parle plutôt d'auto-décollation et d'homobiographie, (ce dernier terme, sous-titre du livre, inventé par elle pour raconter à tous le commun de tout un chacun) se fiche pas mal d'acquérir son véritable nom propre, elle traque le dépaysement radical, celui qui ébranle les croyances qu'on ne croyait même pas avoir. Elle cherche à "se dégager" et à "dégager" si bien qu'on n'hésite pas à la suivre partout, dans un monastère tibétain ou dans une histoire salace. On la suit et on est, on naît, on croit du moins naître à quelque chose d'autre, soumis au rythme étrange qu'elle impose, rare tension entre le désir de piétiner pour mieux voir et celui d'aller plus vite au terme des termes. Mais de dévoilement (à la Angot ou Millet), il n'y aura pas. On ne saura même pas pourquoi "Sker" : l'énigme persiste comme ces bouts de choses séchées qui furent des fleurs entre des pages et ne ressemblent plus à rien mais on en aime la chute.



NB
Deux ans plutôt, un recueil signé de l'auteur et de "cosmetic company" (groupe auquel elle appartient, écho de co and co) intitulé "Homobiographie" avait paru chez farrago : on y trouve les prémisses de "Sker" et d'autres textes, les étonnants "Queer Sonnets" et le non moins étonnant superbe "Casting". Plus (+) des photos signées Giraudon car celle-ci ne fait pas seulement poète, écrivain, elle fait aussi (dans tous les sens) artiste.

Le commentaire de sitaudis.fr éd. POL (2002)
139 p.
15 €