Tels jours laissés blancs de Fabienne Courtade par Jean-Paul Gavard-Perret

Les Parutions

07 déc.
2014

Tels jours laissés blancs de Fabienne Courtade par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Fabienne Courtade ne finit pas de poser les questions de l’identité et du seuil et par voie de conséquence celle de l’apparentement selon la voie du dehors et du dedans. La première en ses successions de « choses vues » a trop facilement fait croire que la poétesse renouait avec une poésie narrative. Il s’agit plutôt d’une ode expurgée de lyrisme afin de suggérer la radicalité du réel. Le tout par une série de seuil, de deuils aussi qui n’en finissent pas de finir parce que la perte ne cesse de faire œuvre tout au long du parcours dont l’auteure refuse de ne produire que des reliques. Elle entretient avec celles du corps des rapports déplacés, inversés. Les morceaux du corps que l’écriture exhume à travers ses coupures (cris murmurés) définissent des creux, des vides au sein de l’espace de la page. C’est elle qui d’une certaine manière prend valeur d’aura au sein d’une prise de vue rasante :« une femme assise sur le sol / du supermarché / Recompte ses billets / en buvant du vin à la bouteille » Que voyons nous en de tels segments sinon la perte de commande des êtres sur leur vie au sein d’une enquête filée mais dont la trame s’effiloche ? L’être n’a plus de nom comme l’anonyme qui le porte.  Et il ne nous est plus donné de le savoir mais il porte le paradigme dont toute l’œuvre déploie - loin de la nostalgie - l’absence questionnée. C’est là l’écriture, la seule, son “ ça voir ”. L’écriture toujours reprise parce qu’elle n’est d’une certaine manière qu’effleurée, approximative même si Fabienne Courtade est tout entière dedans et ne s’en remet pas. Ni déniée, ni réfutée rien ici n’annonce la mort de l’écriture mais sa sur-vivance - ce qui ne représente pas pour autant un nouvel âge mais un approfondissement. L’écriture s’implique comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un “ ensemble ”. Il y a là un autoportrait fascinant parce qu’il s’extrait de l’événementiel biographique. Le portrait c’est l’écriture, le portrait, l’écriture qui tente de donner au premier son empreinte dans une géologie de ce qui fait et défait le corps en son rapport à lui-même, en son rapport à l’autre et au monde. « Tels jours laissés blanc » tout comme « Le même geste » offre néanmoins de l’existence. Une existence défective, livide qui résiste -   malgré une origine perdue et qui de toute façon ne console jamais de ce qui a été vécu. Si peu. Ou si mal.