Testament de Christophe Manon par Jacques Demarcq

Les Parutions

02 oct.
2011

Testament de Christophe Manon par Jacques Demarcq

Chacun devrait, à partir de sa trentième année, rédiger avec soin son testament, et le renouveler régulièrement. «a apprend à moins faire le mort devant la vie. Villon l'a fait, distribuant le plaisir avec générosité - ce n'est pas ça qui l'a tué. Christophe Manon, qui est aussi une manière de révolté, a emboîté le pas, strophe à strophe, sans sauter les ballades, du vieux François, et comme lui a écrit dans la langue de son temps. Certains regretteront un laisser-aller dans la régularité des mètres et le retour des rimes, soit qu'ils en trouvent trop, soit pas assez. Mais le laisser-aller est affaire de goût, chaque époque a le sien. L'important est l'attitude adoptée par un auteur. Question d'éthique. Manon y pense, à la différence de tout le monde. Son hommage au vieux François est forcément décalé, précaire, sur le fil, ce qui relève de l'esthétique. Mais l'avantage éthique, c'est que l'autoportrait obligé dans un testament sera lui aussi décalé, en déséquilibre instable et instatufié. «a change des petites confidences bien assises, poétiques ou romanesques. Et ça prouve au moins deux choses, inutiles à la plupart. Primo, une œuvre d'art (j'y inclus la littérature) n'a pas d'âge, et reste à jamais active. Deuzio, naviguer dans les tempêtes d'une telle œuvre, ça secoue. Des transpositions littéraires, d'autres en ont fait, je sais, j'ai lu Racine et Joyce au passage. Mais Manon, c'est différent. Lisez-le. Les ballades sont particulièrement réussies :

dites-moi où dans quel pays
est Ava la belle Américaine
Gertrude et Alice sa concubine
Callas la divine diva
dont le destin émut le monde entier
et dont le chant était plus qu'humain
mais où sont les neiges d'antan

que ce soit le premier ministre
de France ou d'Angleterre
ou le futur député-maire
de Dijon Grenoble ou Senlis
ou que l'on considère leurs électeurs
plombiers coiffeurs et petits commerçants
(se sont-ils bien goinfrés)
autant en emporte le vent