Vers la cabane de Claude Chambard par Isabelle Baladine Howald

Les Parutions

22 sept.
2008

Vers la cabane de Claude Chambard par Isabelle Baladine Howald

Douceur, terreur, c'est l'enfance







Dans le travail de longue haleine de Claude Chambard autour du « nécessaire malentendu », Le chemin vers la cabane est le troisième volume après La vie de famille et C'est ce qui arrive, livres peuplés des siens, vivants et morts, les « siens » englobant les proches comme les écrivains, les musiciens, les personnages qui le hantent. A l'évidence ce « Chemin » est lëamorce d'un tournant ou même le suspens avant la prise d'une autre dimension. Son immense douceur est la pause avant le saut dans un travail dont il livre quelques extraits très impressionnants sur son blog, Un nécessaire malentendu.
Le work in progress est une des marques du travail de Claude Chambard et ce livre intermédiaire regarde une dernière fois en arrière c'est-à-dire en amont, vers la cabane de l'enfance. On y retrouve des traces d'une écriture ancienne, celle des années 80, que la lettre d'adieu, l'impossibilité de l'amour comme sa brève et merveilleuse possibilité hantaient déjà.
Que l'on ne se méprenne surtout pas sur la naïveté apparente de certaines pages, elle recouvre la plus grande gravité, la plus grande solitude. Depuis longtemps le cœur « gravé sur un arbre » a été rayé, la maison inhabitée, trop grande, le monde aussi, trop grand pour celui « d'un autre siècle, le vert paradis » n'a jamais existé sauf en de brefs instants à la cabane avec un grand père adoré. Cette figure de l'abri est perdue à jamais, quand bien même l'éblouissement du corps nu d'une femme rend sa possibilité de respirer.
Attendre et écrire est la seule chose à faire, dans ce qui tout autour de nous change sans nous, qui restons sur le bas côté, à penser à la mort, « c'est doux& terrifiant ». La racine enfantine est celle à partir de quoi tout se fait et ici se défait. Quelques photos accompagnent ce retour vers la cabane entourée par les vibrations très présentes de la nature.
« doux & terrifiant », le travail de Claude Chambard me semble un des plus intéressants de cette époque. Il se fout des avant-gardes, il écrit entouré des siens, je les connais, nombre d'entre eux sont les miens.