YVES FROMENT (1939-2003) par Christian Prigent

Les Parutions

24 mars
2003

YVES FROMENT (1939-2003) par Christian Prigent

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Yves Froment nous a quittés, comme on dit pudiquement. Seul. Désespéré, sûrement. Il faut dire que le monde aussi l'avait pas mal quitté. Le monde, dont nous : ses amis de TXT. Nous nous le reprochons.
Je n'avais pas revu Yves depuis bien des années. Mon souvenir est vif, cependant, de sa présence, à la fois interrogative, décalée et intense, au sein de TXT, au début des années 1970. Quelques photographies témoignent de cette présence. Des lettres. Des textes : ses Machinations, en tête du n° 2 bis (1970), sa très remarquable étude sur Bataille (Masques/Doublure, n° 5, 1972) et Nightwalker, qui marqua son retour en 1989 (N°24). Peu de choses dans l'océan des écrits du temps. Mais des interventions déterminantes pour illustrer (par l'exemple poétique) et défendre (par l'analyse théorique) ces concepts de « carnaval » et d'écriture « carnavalesque » qui dessinèrent vite le label TXT.
De cette histoire-là, celle de TXT, Yves Froment fut longtemps absent...
...

Yves était mon ami, comme celui des autres membres de TXT. Cette amitié était de celle qui (hélas ?) n'a que fort peu besoin de la présence des êtres, des corps réels. Parce qu'elle est fondée d'abord sur le partage d'une vérité sensible qui passe dans les œuvres. Et qu'elle est posée sur le fond de ce retranchement et de cette sociabilité mélancolique que je viens de dire. Ce fond est paradoxalement ce sur quoi se constitue un « groupe » du type de celui que fut TXT. Car de tels « groupes » - entre exigence éthique de ne rien céder aux frivolités de la « vie d'artiste » et désir du nouveau comme condition de la jouissance intellectuelle et esthétique - font communauté de ce qui résiste de toutes ses forces à l'assentiment communautaire : chacun affirmant, par la cruauté d'une écriture, une radicale singularité.


Yves est parti. Il était loin, déjà. Cet éloignement peut nous éclairer rudement sur ce que nous traversons, nous qui écrivons et que le fait d'écrire tient malgré tout debout dans l'usure du temps et la disparition désastreuse des êtres que nous aimons ou avons aimés...