META POESIE par Joseph Mouton

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

META POESIE par Joseph Mouton

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une terrible étable, le monde et la lumière
des possessifs : "Tout en toi faisait naître/
l'amour de notre monde/Notre terrible é-
table où brille/ pour tout soleil l'épaisse ter-
re de la joie".
Dans la figure - peut-être
élue entre toutes - de Merisi se niellent
des échos chers (réalisme, baroque, clair-
obscur, énergie et sensualité, désir, homo-
sexualité, croisement de la beauté et de
la violence) disant l'amour de la vie au prix
de la précarité pour l'homme ("une besace
de sang qu'un coup d'ongle du destin suf-
fisait à percer"
) et de l'hésitation ("ce
qui hésite seul existe"
) - en pure perte.



    Cela me fait plaisir de recueillir une petite cuillerée de ce style si
caractéristique (par exemple, Kéchichian) qui entremêle ad libitum
paraphrases et citations poétiques ; premièrement, parce que ma
collection en était jusqu'à ce jour dépourvue et deuxièmement en raison
des beaux échos crétins qui se font ici entre les unes et les autres. Pierre
Grouix écrit un peu après l'extrait que j'ai extrait : "Olivier Barbarant écrit
: "le monde ne me vient que dans l'abandon"". Cette phrase possède en elle
une charge explosive de stupidité, elle parvient à raccourcir
merveilleusement la catastrophe, car au moment même où l'on comprend
qu'Olivier Barbarant écrit que le monde ne lui vient que dans l'abandon
parce qu'il voit certainement un intérêt à rapporter ce fait et que l'homme
Barbarant s'en trouve sans doute éclairé (on suit), on saisit aussitôt la
contingence pure qui réunit ici le nom propre et la citation ("il pleut",
comme l'écrivait Pierre Andrieu
) et dans la citation l'effondrement du
fait (ce que rapporte Barbarant consiste seulement en une sorte de
truisme (plus je me fais le patient du réel, plus il devient mon agent) noyé
dans une sauce à l'hyperbole)(ça casse). La charge explosive de stupidité,
elle fonctionne donc par le couplage instantané de l'enchaînement du sens
(en surface) et de sa désintégration (sous la surface). En tout cas, c'est
comme ça que j'essaierais de m'expliquer pourquoi ce genre de phrase me
fait éclater de rire.
    Une cité au pied de la colline, faite de I, - et -I : tours, barres,
barres avec tour, Le Rouret, qui comprend le Bretagne (barre où n'habite
pas Amara), le Languedoc (barre avec tour où Amara n'habite pas non
plus), le Riviéra (tour en bas), le Savoie (tour en haut) et l'Anjou (barre
avec tour ou Amara n'habite toujours pas). Amara m'a dit où elle habitait,
mais comme je ne comprenais pas le mot qu'elle prononçait, elle m'a donné
d'autres exemples de noms d'immeubles, où donc elle n'habitait pas, mais
comme j'ai oublié le nom de l'immeuble où elle habite, je soupçonne tous les
noms d'immeubles que je reconnais d'être plutôt ceux des immeubles
qu'Amara n'habite pas. Fin juillet, ciel bleu, grande chaleur, midi et demi,
pas grand monde. Je gare ma vieille Alfa Romeo noire à la portière
défoncée dans l'ombre courte du Bretagne, dont Amara m'a parlé, et je
sors, en veste caramel, suant comme un imbécile, allant d'une barre à une
tour et d'une tour à une barre avec tour, sans trouver le nom de Bernaoui.
Monte au soleil vers le Savoie tout en haut, rasant une haie de lauriers
roses fraîchement rasée, l'âme plus sèche et froide qu'un algorithme,
jusqu'à un taxi qui s'amuse à descendre-monter, descendre-monter sur
place sous le portail du Savoie et démarre à mon approche, disparaît dans
la colline, me laisse devant un digicode à côté du petit passage d'un
portillon peut-être arraché, un bout de chemin de terre durcie par trop de
pas : redescends. À gauche à présent, le collège Jean Fabre, neuf derrière
un chantier désert de fournaise, et devant moi l'arrière de l'Anjou, tout
oxydé déjà, énorme empilement de rangées de balcons en cage [... ]