Poésie aux lendemains du 28 avril 2016 par Stéphane Bérard

Les Poèmes et Fictions, poésie contemporaine

Poésie aux lendemains du 28 avril 2016 par Stéphane Bérard

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L'étrange balistique lente des liquides - si l'eau est un gaz, l'air aussi - quand les pavés tournoient noirs et gros en l'air super bleu, place Valhubert, devant le pont d'Austerlitz sustentés par quels miracles surgissent en tous sens, au dessus de nos têtes. La place est vide nous sommes peut-être quatre ou sept à vingt mètres derrière la troupe qui charge les camarades les chassent loin au devant, nous sépare vers l'autre côté du fleuve de gaz sombre, appelé Seine. Derrière curieusement un très homogène cordon fait d'hommes accoudés ayant enfilé gilets bariolés et siglés d'un syndicat empêche la foule de faire jonction d'avec nous, dès lors nous hurlons aux ficelés de ce cordon de poursuivre la troupe qui s'engage à la poursuite elle, de nos camarades dis-je et proches à coups de nuées moutarde et matraques, lorsqu'une très belle vibration change l'air, quelque chose d'un peu inouï, inespérée telle est la surprise que cette lourde explosion projette, c'est une bombe défensive artisanale, manufacturée avec amour afin de protéger le petit peuple - nous ! Dès lors deux soldats du patronat vacillent, s'agenouillent à gauche à l'entrée du pont. La déflagration est telle que des météores traversent le ciel toujours aussi vide, ça vrombit au dessus de ma tête et traverse la place en couleurs plutôt bleu pâle et de blancheur mêlée emmène cette traine de comète en lourdes fumerolles. La foudre ayant claqué, des pluies de grenades lacrymales épaississent en représailles la place, terriblement vide s'opacifie d'un mur de brouillard estomaquant plus d'un, une grenade dite désencerclante éclate non loin qu'à mes pieds, les fragments de gomme contournent intelligemment mes chevilles, respectent mes mollets, mes cuisses, mes genoux, je n'ai rien et ne suis heurté par rien, un songe. Je gagne les grilles du jardin des Plantes où j'appuie doucement des doigts sur une fine fiole plastifiée de liquide ophtalmique vers l'extérieur des paupières d'un jeune homme encore en pleurs, pendant que d'autres vomissent une bave blanche de chat malade. Quelques dizaines de mètres séparent maintenant la troupe qu'annule un nouveau tir tendu, où l'on distingue au silence sur la bâche maintenue à bout de bras le slogan peint qui encaisse sans broncher cet impact pourtant puissant, répressif, propre, illégal.