Génération Poésie debout (anthologie) par France Burghelle Rey

Les Parutions

28 déc.
2019

Génération Poésie debout (anthologie) par France Burghelle Rey

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+
  • Google +1

 

Novembre 2017 … Vingt poètes français de moins de quarante ans participent à la soirée « Dernier métro pour la poésie », en clôture de la Biennale des poètes en Val-de-Marne, ce festival international (,fondé en 1990 par Henri Deluy et que dirigeait Francis Combes ). 

 

L’anthologie présentée ici est issue de cette rencontre, prouvant que la poésie française se porte bien et se renouvelle. Aussi diverses que soient leurs voix et leurs personnalités, ces jeunes poètes ( 15 hommes et 5 femmes) ont en commun, par leur conscience sociale, le refus d’un monde dominé par la précarité, la violence, le mépris. Ils savent faire chanter la langue et parfois la font crier, pratiquant volontiers la performance mais pour eux la poésie n’est pas qu’un spectacle. Il y a chez eux de la révolte, de la passion, de l’humour, de l’amour aussi. Quelque chose comme un nouveau romantisme… Une génération poésie debout !


C’est en substance ce que dit de ce bel ouvrage le site des éditions du Temps des Cerises. Une introduction édifiante de dix pages, celle de Francis Combes, dresse avec bonheur une sorte d’état des lieux. On y apprend que nous rejouons probablement les débuts du siècle précédent, sans mouvement détectable de poésie. Qui y a-t-il alors de nouveau par rapport au XX° siècle ? Il faut d’abord constater que la quantité, la diversité des poètes et de leur écriture - la « crise de vers »  n’est pas terminée » - sont là  et que la poésie est loin d’être morte, servie notamment par le potentiel d’Internet.

 

Entre deux courants, performance et lyrisme critique, cette génération semble plus engagée que la précédente. Ici une position l’a emporté, donnant son importance au texte plus qu’au spectacle lui-même ( la scène et le jeu ne suffisent pas ). Celle d’une génération qui a lu et a réfléchi sur la poésie dans la force et la valeur de laquelle elle a confiance.

 

L’introduction d’Alexis Bernaut, traducteur notamment du poète américain Sam Hamill et qui est le premier exemple de cette génération, ouvre le débat en une prose poétique témoignant à la fois de la douleur et de l’espoir offert par l’écriture. « Le poète espère en la poésie peut-être un pays », dit ce jeune auteur, fort, comme tant d’autres, de l’idée que le poème est un lieu pour des écrivains souvent sans éditeurs et qui sont les alchimistes du «  noir de l’encre et de l’encore ». Quelques vers du 9 mai 1917 nous parlent dans ce sens :

 

Je nous imagine comme des gosses dans le noir
qui s’inventent des mondes et se disent des histoires
pour ne pas s’endormir
portés au bout du monde

 

D’autres textes écrits par des femmes, la plupart sensibles à la voix du poème, à son rythme et à sa musique, sont remarquables, entre autres,  par leur réalisme qui fait la part belle aux images et sait travailler la métaphore. Ces vers de Chloé Landriot montrent qu’existe encore, portée par le chant, la foi en la vie :

 

Le bonheur

Ça  ne s’échappe pas contre cent points fidélité
Le bonheur ça s’arrache à l’inertie
À coup de pieds aux fesses
À coups de sabre si besoin
Le bonheur
Ça s’ouvre avec les dents qui déchirent les mensonges.    

 

L’anthologie se clôt, sans que la place soit suffisante pour parler de tous ces jeunes poètes, par une réflexion et des textes de Julien Vaillant qui peuvent servir de conclusion. Pour lui, le chant est également primordial : «  L‘idée que le chant précède la parole me paraît néanmoins une juste revanche sur les obsédés de la parole... ». Il faut lui laisser en effet le dernier mot si on lit cette édifiante suggestion : «  En ce sens, peut-être, aujourd’hui, tout ce qui résiste à l’Apocalypse est poésie. ».  Ainsi n’hésite-t-il pas dans le dernier poème à faire parler l’arbre personnifié, en une élégante prosopopée et dans la lignée de la tradition, tout en transmettant l’espérance : «  C’est le limon mouvant où mes branches farouches / Éclatent en autant de fleurs ».

 

 

 

 

                                                                                    

Retour à la liste des Parutions de sitaudis