) le corps du paysage de Patrick Dubost (

Les Parutions

07 janv.
2009

) le corps du paysage de Patrick Dubost (

C'est un livre qui, hormis le titre et la curieuse disposition de ses parenthèses, semble à première vue assez banal ; de même le texte, un récit avec des blancs qui creusent et battent la linéarité des signes ; de même le lexique pas si neuf ni chahuté, de même la syntaxe à l'eau claire.
Pourtant, le texte s'impose très vite comme l'un des plus singuliers et des plus étonnants qu'aura produits notre époque.
Il faut bien, hélas, monter dans l'emphase quand on peine à énoncer ce qui dans cette affaire-là, subjugue.
La lignée de ce Dubost, partirait de Homère pour aller à Cormac Mc Carthy en passant par Messiaen et René Thom.
On entend une voix qui raconte et va se perdre.
S'agit-il d'un dormeur éveillé depuis des siècles ou d'un mourant qui agonise ?
Un guerrier de toute éternité, sans doute empli et vidé de toutes les voix et de toutes les visions défaites.
On voit simultanément du bas-relief antique et de la vidéo.
Le puzzle est dit sans bords, le songe sans liant, les scènes sans histoire et pourtant ce récit se troue aussi bien que s'il était cadré et fourni en narrations enchaînées, liées. Comme le sont, inextricablement, le rêve et la réalité, le passé et le présent, le paysage et le corps, la violence et l'amour, la guerre et la paix, le profane et le sacré, l'absence et la présence... il y a aussi quelque écho d'Héraclite et de la Résistance dans la voix principale, épique et lyrique, mais on est loin, heureusement, de l'emportement cérébral d'un René Char parce qu'il y a ici, du rythme et de la musique inventive pour tirer la pensée .

Il faut citer l'un de ces blancs ou vides ou creux ou espaces incrustés qui dynamisent le récit :

                          )                                            (

...la beauté génère le désordre mais le désordre génère aussi bien la beauté, c'est pourquoi l'emprise exercée, la maîtrise formelle et la thématique du questionnement sur la violence font songer à l'univers onirico-réaliste et mystique du grand cinéaste Andreï Tarkovski.
Comme le cinéma, la poésie a beaucoup misé sur le rêve, puisé en lui, tenté de l'imiter mais ici, et la présence marquée des vides n'y est pas étrangère, on a l'impression forte d'avoir vécu l'un de ces rêves si bien élaborés depuis l'Iliade qu'ils nous remettent au contact de nos meilleures réalités intérieures.
Le commentaire de sitaudis.fr éd. la rumeur libre (2008)
91 p.
12 €