Overdose de Hubert Lucot par Jacques Barbaut

Les Parutions

17 oct.
2011

Overdose de Hubert Lucot par Jacques Barbaut

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H. L. en 4e vitesse...




Présentant dans quatre pages liminaires ce recueil de quatre textes ultrabrefs, Hubert Lucot précise :
- « Overdose utilisait le processus d'une condensation extrême et me fit recourir au travail, si l'on peut dire ì lettriste ", de Joyce dans Finnegans Wake : la lettre même produisait l'action et la passion » ;
- « Le Gato noir manifeste la densité suprême. [... ] je vois dans Le Gato noir un trou noir auquel l'univers de Phanées les nuées se réduisit. »

On retiendra par exemple là « condensation extrême » et ici « densité suprême ».
Et mettre d'emblée ces « qualités » sous la bannière rococo d'un « phénomène » hypersaturé comme le Finnegans - plus de six cents pages « ultraserrées » - pousserait le paradoxe jusque dans ses ultimes (re)t/branchements.

Rassemblant en un ensemble de quarante pages quatre « opuscules » au sens propre - définis « écriture quasi automatique » -, a(u)to(no)mes, écrits et publiés entre 1976 et 1990, l'audacieuse initiative des éditions du Bleu du ciel (suivant celle de peep-show [roman en vers], de Christian Prigent, poursuivant dans la lignée réédition à l'usage des jeunes générations) nous fait aussi immanquablement repasser par les diverses péripéties de leur aventure éditoriale :
- ce sont les éditions Orange Export Ltd., d'Emmanuel Hocquard et Raquel, qui publient pour la première fois - « mon premier livre fut tiré à neuf exemplaires et quatre hors commerce » - en 1976 un « livre » d'H.L. - « cinq pages de cinq lignes » -, Overdose, « roman sur le modèle policier », accompagné de son « scénario exégétique » (déploiement ou dépliage, type des mots-valises-qui-seraient-bourrées-d'explosifs), le comble pour un grand écart ;
- c'est Paul Otchakovsky-Laurens qui édite pour « Hachette littérature » en février 1980 Autobiogre d'A.M. 75 suivi de « Mê » - l'un de ces titres, ou intitulés, les plus féconds pour le [j'ai 20 ans] que j'étais ;
- c'est Alain Frontier qui décrit, dans TXT en 1982, quelques caractéristiques d'une phase lucotienne première manière ayant éclaté dans Phanées les nuées : « D'où cette phrase faite d'emboîtements, d'ellipses, d'anacoluthes, de retours sur elle-même ; où l'enchaînement syntaxique se combine avec l'enchaînement paronomastique ; où les ressources de la ponctuation et de la typographie sont mises en œuvre pour faire de la ligne quelque chose d'épais, où tous les temps se côtoient dans le même instant » ;

- et ce sont les éditions Tristram qui, en 1990, impriment le Grand Graphe en huit rouleaux - douze mètres carrés à afficher : « il y a eu le geste qui partirait du fin fond de l'Univers pour arriver au bout du doigt, et qui était une parenthèse, comme on fait un revers au tennis » (H.L., entretien avec Didier Garcia), truffé, « enté » d'un petit Gato.

Si lire Hubert Lucot, c'est toujours assister à l'expérience d'une langue - « l'invention d'une langue dans la langue » (Cl. Burgelin, Faire part, nos 18/19, 2006) -, lire ces Lucot-là, c'est non plus chercher à déchiffrer, à casser le code - « nœud d'énigme à dénouer, non-dit à faire parler, écheveau embrouillé des traverses du vécu »... (Une erreur de la nature, C. Prigent, 1996) -, mais se laisser glisser - mode skim - par le jeu des échos, des savoirs, des souvenirs, des voyages, des enchâssements et des enchaînements - se laisser contaminer, ou séduire, par des éclats de facettes au plus près d'un surgissement primitif, prémices ou pépites, extraits purifiés d'une vaste littérature lucotienne en expansion, forte, trente ans après, de quelques milliers de pages publiées.

Et si prélever un « fragm. » dans un concentré de concentré s'avère résolument coriace, donnons pourtant un seul moment - un paragraphe qui est aussi une page du Dit des lacs (celui des fées) - pour suggérer, « faire voir », quelques mouvements - gigues - d'un « style », d'une performance, d'un être-au-réel - « une vision du monde compactée, avec influence du cubisme », dit-il encore :

« Ciel y serres. Des chélicères le
gigantisme. Glaciale en ton chemisier de
voyante qui naguère Amor«A MOn hiatus,
l'eau du volcan lac oo nique a pour os
origine (bouche érogène, éos découvrant
les monts) le Verrou du Val. »



On ajoutera, outre les traces du grec ancien et de l'italien, cryptogrammes, valorisation des effets des signifiants - « Le Gato noir prolonge ses lignes épaisses, récapitulation aiguë qu'articulent notamment certaines lettres : G (et gh), N, c, z, ainsi que x et V » (H.L.) -, vitesse-de-la-lumière - LuX - hublot - célérité des vues, leurs nerveuses migrations - fulgurances, déchirures propres à l'espace-temps, trouées-dans-le-mental...

Et on citera enfin, de l'éditeur Didier Vergnaud : « énergie et prise de risque », « création simultanée du désordre et du réarrangement ».