O fous que nous sommes de ne voir dans notre propre pensée, que la parole incorpore pourtant sans cesse à l’univers sensible, qu’un être abstrait dont nous n’avons à craindre aucun péril proche et cer... lire la suite
Georges Bernanos
imagine : tous les mots que tu n'as utilisés qu'une
seule fois dans ta vie
se tiendraient autour de toi...
Franz Mon fait preuve de beaucoup d'imagination concernant les mots et leurs lettres, il les personnifie,
les chosifie, les classifie, les exemplifie, les vivifie, les salsifis ; il les examine et les pense,
use de toutes les tactiques et les formes
disponibles pour leur faire rendre leur encre et plus.
pourquoi les mots n'auraient-ils pas de noms ? Il
faut en finir avec cette discrimination.
Cette recherche et ces trouvailles, qui cèdent parfois à la tentation formaliste, sont animées
par une inquiétude aussi joueuse qu'habile, propre à relancer tout ce qui nous semble assuré, trop bien acquis
dans notre rapport à la Langue.
Heike Fiedler, dont on peut écouter FRAG E dans la rubrique Auditions de ce site, a recueilli ces textes épars
avec l'aide de l'auteur et les a traduits avec Vincent Barras.
Elle présente ce pionnier des multiples pratiques poétiques contemporaines
et auteur de nombreux écrits théoriques,né en 1926 à Francfort-sur-le-Main.
Si des textes ont déjà été publiés par la revue Action Poétique (n° 188), si Franz Mon a
côtoyé souvent des compatriotes à la plus grande notoriété (Pastior et Jandl),
son travail est très peu connu en France et ce livre bilingue constitue une grande première.
Les difficultés de traduction semblent avoir été nombreuses : comment, par exemple, traduire le geste d'ôter des
majuscules aux noms communs alors que le français ne les réserve au'aux noms propres ?!
Démontrant que sa génération n'est pas ingrate et a le souci
de la transmission, contrairement à ce que croient des âmes chagrines,
Heike Fiedler accomplit là un travail remarquable et signe une préface
d'une parfaite concision, un exemple à suivre.
