Revue GRUMEAUX n° 2, L'Impossible par Jacques Barbaut

Les Parutions

27 nov.
2010

Revue GRUMEAUX n° 2, L'Impossible par Jacques Barbaut



Grrrrrrrrrr



Dire en première approximation que la revue Grumeaux se situe « au croisement de la philosophie et de la poésie » serait par exemple passer sous silence sa couverture extraterrestre, les ouvertures d'articles ornées des dessins all over de Pierre Marty, les contributions graphiques de François Henninger (tapisserie de Bayeux traduction comics), d'Antoine Boute (qqs continents de géo-graphies), de Benjamin Monti (la symétrie en version décalée), qui, chacune, une par une, enluminent autant qu'enchantent.

Entrez ! Entrez ! Entre l'ouverture en fanfare de Bernard Aspe avec « Le sang des gestes » (une articulation entre bonheur et politique, temps et révolution - « Or il se peut que l'impossible se mette à exister ») et les « 5 poèmes » en sourdine (« je peux même, mon cher, conclure en vers ») d'Edoardo Sanguineti (« Cette revue est de conception 50 % italienne », avertissement, p. 3), vous y trouverez :
- Jacques Jouet, qui commence par « J apostrophe » son roman Casimir ou l'imitation - « S'il n'accumula pas dix millions d'imitations avant lui, qu'on ait ici nos cous raccourcis sans compassion » ;
- Antoine Dufeu, qui - Saint-Malo, Côte d'…meraude - sélectionne un étonnant semainier extrait d'un probable journal : « Capital le nombre de vies dont je dispose : une seule, comme tout un chacun : ma vie et ma mort ont tout à voir l'une avec l'autre en ce seul monde que j'habite » ;
- Bruno Fern, qui de Mallarmé en prélève, en dissèque, en déplie quelques syllabes élémentaires : A-BO-LI BI-BE-LOT D'I-NA-NI-T… ;
- Christian Prigent, qui annonce - « Plutôt que poterie, activisme politique, ONG, body-building ou méditation transcendantale, j'ai choisi poésie. / Voici pourquoi » - mieux qu'un joli programme, les séminales-sémillantes-stimulantes ébauches d'un atelier érotique ;
- Philippe Forest, qui offre les notes d'une Petite Féerie des ténèbres, « posées en marge de l'un des chapitres d'un roman inédit et destiné à le rester », non dépourvues de récits de rêves ;
- Alenka Zupancic, dont le propos de son essai, « visant à examiner de plus près l'impossibilité qui tient au réel », met en jeu Jacques Lacan avec Clément Rosset ;
- E. E. Cummings, en un inédit, « Memorabilia », traduit de main-de-maître - « gondola le sait Cincingondolanati moi gondola pas ».

Dire en seconde approximation que la revue Grumeaux - entre groupe et guenilles, greffes et gueule, grondements et guitare, grommellements et guépard, grêle et guirlandes - flirte entre déraison et conviction pourtant solidement (a/e)ncrée serait n'en point occulter la part ornithologique, vocale et musicale concoctée par le trio composé de Dominique Meens - aigle royal -, Francis Gorgé - gorge rouge, geai - et Jacques Demarcq - & pie, jacquot, peu perroquet.

Et - comme épelant l'alphabet, une lettre sur vingt-six faut, et la totalité est manquée - il serait injuste de ne pas citer Luc Bénazet, Frédéric Forte, Rémi Marie, Rémi Bouthonnier, Joël Baqué, Noël Ravaud, Martin Rueff, Jean Renaud, Philippe Beck (qui répond à une interview en écho au premier numéro, « Voix »), respectant en cela l'une des ambitions de la revue - « sa dimension chorale, un chœur à partitions multiples : de l'hétérogène noué par une basse continue » selon Benoît Casas - qui décrète sa volonté de faire liens, coagulation (grumeaux, mots drus), de susciter du « collectif », du « faire-ensemble » : soit © chaque auteur pour sa contribution, © grumeaux pour l'ensemble.

La revue Grumeaux - dirigée par Yoann Thommerel, éditée par NOUS - réussit l'impossible qui est à son programme en proposant quelque trois cent cinquante pages et un CD audio contre cinq pièces de deux euros.