Les prestères tombent d'en haut du ciel sur la mer par Catherine Pomparat

Les Incitations

19 déc.
2016

Les prestères tombent d'en haut du ciel sur la mer par Catherine Pomparat

 

de 1 à 7 L’amour est plus froid que le lac

Liliane Giraudon

P.O.L http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-28180-4123-9

avec

cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra

Jean-Jacques Viton
P.O.L
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-28180-4118-5

 

 

1 « Les prestères tombent d’en haut du ciel sur la mer. On voit parfois une sorte de colonne s’abaisser et produire, quand elle a touché les flots, d’énormes bouillons où se perdent les navires » — et tout cela aide à comprendre ce qui va suivre.

2 Deux livres suivent. Tombés ensemble au même instant au même endroit d’en haut du ciel sur ma table, je m’y plonge aussitôt tout entière. Ce qui s’abîme en retranscrit le bruit. Une trombe de mots choisis s’engouffre dans le silence de ma connivence. Hiver 2016 : Lucrèce revient avec deux bons plaisirs divins :

 

3 L’amour est plus froid que le lac  — cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra. Malgré cela il y avait le feu au lac et la météorologie des poèmes signalait la ferveur des acteurs. Souviens-toi de ma passion, disait l’une ; souviens-toi de mon pays, disait l’autre. Tu vois, mon cinéma m’a beaucoup servi ; tu vois, le mien aussi : à chaque page l’écran grandit d’un autre pays.

 

4 Ça y est, voici mon ton ; ça y est, voilà mon don : mes organes, mon cœur, mes poumons et tes foies inoubliables passent soixante-dix paysages de ton écriture sans s’arrêter. Pff… je souffle un peu, les oiseaux divers remplissent l’air. Ce que je voudrais, c’est que je t’aime, cher poème. Toi, ce sont tes foies blancs qui font du raffut. Moi, c’est mon foie trop rouge qui incendie tout ce qui bouge. Et c’est ainsi que les deux livres ne purent pas ne pas s’aimer à m’engouffrer.

 

5 Mais comment faire partager sans trivialité la joie d’une triplicité de lectures ? Mes réponses ne valent pas triplette pourtant elles augmentent de compagnie. Quand je lis, il ne s’agit plus de telle ou tel poète mais de deux expériences de vie et de mon expérience propre quand je les lie. Je n’emprunte pas le sens des choses qu’ils écrivent mais les mouvements de leurs pensées que dirige mon émotivité. Il ne serait pas juste de distinguer deux lieux pour un seul jardin. La beauté singulière des espaces cultivés n’apparaît que dans la vérité de leur relation.

 

6 Les sacs de vent sont vides sur l’épaule du vagabond. Les quatre poteaux d’angle qui délimitent chaque terrain portent les traces de ses mains. Ce n’est pas une déformation, mais une perception visuelle. L’instant intelligible des tableaux vides du temps de vie imparti ne peut traduire ce qui se dit ici. Rien d’appris ne sert plus à lire le passage de la nuit. Rien à redouter pourtant des espaces filmés. La danse des simulacres se déploie dans l’étendue de leurs corps mêmes. Créon fait assassin par Antigone ça ne te suffit pas L’abondance de la matière verbale, les variations de l’ordre des phrases, les reprises, les substitutions — et même les itérations — délimitent l’instant de mes sensations : la vie rêvée de quelqu’un d’autre par un troisième

 

7 Autre question le mode interrogatif est le mode premier. Est-ce parce que la subjectivité prime que la réalité du poème est moins là ? Je ne le crois pas car l’erreur attribuée aux figures, leurs manières d’ordonner leurs mouvements, la succession harmonieuse de leurs actions, relèvent d’une installation expérimentale la caméra prend du champ recule loin de l’action le film est tourné en caméra subjective. Déambuler dans des allées de phrases lues en biais produit l’expression triste d’un visage aimé dans la forêt où a lieu le massacre. Le point de vue un simple bois devant moi. C’est le monde on a tout là devant soi et autour. Et autre louange du lieu, Lorine Niedeker noue une relation étroite puis longue, épistolaire et complexe avec Louis Zukofsky. Premier terme de l’alternative, cette rue d’où je suis native, je voulais te la montrer telle une partie d’organe anastomosé, une lettre postée.

 

 

 

 

Les prestères tombent d’en haut du ciel sur la mer

de 7’ à 1’ cette histoire n’est plus la nôtre mais à qui la voudra

Jean-Jacques Viton
P.O.L
http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-28180-4118-5

avec L’amour est plus froid que le lac

Liliane Giraudon

P.O.L http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-28180-4123-9

 

 

7’ Tel est l’effet. Poème imite Film et convoque Tableau. À l’arrière-plan, dissimulation de la technique et du synopsis. La partition présente l’action cinématographique. Rien n’échappe pas à la lecture. La Dame du lac occupe la place. Le plateau pourrait prévoir d’autres dames. En fait, l’antériorité des séries de plans arrêtés consent à se substituer au thème. Dans le cas précis « faire son lit ». Une trimardeuse encore plus fasbinderienne exacte fait ainsi : « le cinéma, ça apprend à défaire son lit ». Repli vers soi du drap (blanc comme il se doit) et dépli d’une couverture vers autrui. Chantal A découvre la vie au pied de son lit. Les mots ont des genoux, ils prient l’ami (parler à l’absent n’est pas facile) : elle se penche vers moi renifle et demande quel jour peut-on bien être Silence : les images se posent où il y a trois trous.

 

6’ Deux Vagabonds efficaces cf. Deligny. « Mais le silence est une qualité du langage, il n’est valorisé par aucune conformité que celle de la justesse du dire. » Poésie contre poésie transcrit le fantôme vrai de la nature. Je rencontre L ici, à double sens, à refaire le lit de l’amour dit. Un lac Bleu Lhamo Latso et un ruisseau qui se perd dans la mousse, le vert de la terre brillera à nouveau : paysages et anticipation. Mon œil déambule très droit dans des allées de phrases. Un mot prend tout de suite à gauche, il est suivi d’un autre mot qui le croise dans un autre tableau. Mon regard n’est pas assez vaste pour tout embrasser. Je vois un espace vide autour d’un paysage de phrases colorées de mots.

 

5’ Ce qui donne des ailes c’est fait bonne nouvelle. Il y a des oiseaux parce qu’il y a ce peintre de paysages qui regarde le ciel sans sourciller — et que les oiseaux volent dans le ciel. Chaque quadrangle de vols dessiné par l’augure ne révèle pas la nature divine du lac sacré mais la fenêtre qui troue et éclaire le rectangle de sortie de scène. Les pages-paysages paginent sans imaginer des choses toujours déjà données à regarder. Le poète est bien trop loin pour reculer. La présence des mots est plus forte que l’histoire. L’absent définitif est définitivement en fuite

 

4’ le bloc de texte qui couvre le tombeau ouvre le monde en en circonscrivant le mode de composition. L’Action poétique devine les répétitions et façonne en arrière d’elle une chose à redire : pas facile de parler à l’absent. Le corps est abandonné à lui même et exalte un premièrement : les mots ont une vie, le vent souffle fort aujourd’hui. Le paysage est grabataire : on a tout là devant soi et autour il faut regarder c’est tout ne pas s’engager mais se dégager de la longue route de la mort

 

3’ cet espacement n’est plus le nôtre mais à qui le voudra aller ça et là toupiller regarder l’environ vite fait. Une entrée en matière à l’intérieur d’un jardin clos : une Invitation au voyage : une histoire brève sans violence cache la désolation. Mon jardin, « ma sœur, songe à la douceur… » Ce déplacement n’est plus le mien mais à qui voudra aller là-bas mourir avec toi : chaque matin choisir ce qui va conduire le jour

 

2’ dessins-pages À la charnière du poème, ombres et fantômes signent la relation du vide abondant entre les significations. Le soir, c’est le commencement des choses, leur ressassement. Deux histoires de disparition s’enfuient de mon dessus de table. Les livres deviennent fuyards avec art. J’y crois à cette histoire

 

1’ de prestères qui tombèrent d’en haut du ciel sur la mer. Je voyais parfois une sorte de colonne s’abaisser et produire, quand elle touchait les flots, d’énormes bouillons où se perdaient les navires — et tout cela m’aida à comprendre ce qui avait précédé.

 

 

 

Le commentaire de sitaudis.fr

Une lecture des récents livres de Liliane Giraudon et jean-Jacques Viton