Sur Giraudon, encore une réaction. par Andrea Raos

Les Incitations

27 mars
2004

Sur Giraudon, encore une réaction. par Andrea Raos

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Une perspective déformante agit dans toute comparaison trop rapide entre Sker et La fiancée de Makhno, évidente: Liliane Giraudon n'a pas écrit que ces deux livres; d'autres livres ont été écrits. Cependant, ce n'est pas une perspective inintéressante; il est vrai que ces deux romans peuvent être lus en les croisant. Pas dans le sens d'un "récit de vie" d'un côté et d'une "fiction" (ratée, qui plus est, d'après Pierre Le Pillouër) de l'autre. Je crois au contraire que Sker est une ossature, un art poétique esquissé in fieri, dans l'agitation de la pensée que la main poursuit par croquis ("il faudrait dire..." "il faudrait écrire..."); tandis que La fiancée de Makhno met en pratique, avec une intensité et une douleur effectivement dérangeantes, les mêmes hypothèses.

"Met en pratique" n'est pas à prendre au mot : dans l'effort de coller au réel, il peut arriver à la parole qu'elle se brise, vacillante. L'horreur de l'histoire - avec son corollaire scientifique qu'est l'imposture de la linéarité - n'est pas à combattre de front, mais à ronger du dedans; de ce point de vue, La fiancée de Makhno n'est pas un livre, mais un acide. Qui ne se prive pourtant pas de lyrisme - même en son sens premier, une véritable provocation... -, de réflexion politique - qui ne se prive de rien, qui arrive, en ces temps de désert, à ne se priver de rien.

Il brûle les barrières des genres et des codes, ce qui en soi est presque banal - surtout, il brûle le concept du franchissement des genres, le tourisme formel, le "travail" qui afflige - depuis Homère et les Rig-Veda - la littérature "contemporaine": dans La Fiancée de Makhno, la chasse est menée au présent, prise au sérieux (et de ce fait, pour ceux que cela inquièterait, ce n'est pas un livre bien écrit, mais beaucoup plus et mieux: c'est un livre écrit).

Il exige sans doute une certaine élasticité d'esprit, une capacité de faire face à ses propres plaies, qui aujourd'hui, en particulier aujourd'hui, n'est pas donnée à tout le monde, se rétracte.

[...]

Pourquoi avons-nous peur à ce point de la vie, qui est sous nos yeux? Serait-ce parce que, au fond de nous-mêmes, nous savons que nous en sommes des spectateurs privilégiés?
Le commentaire de sitaudis.fr Nombre de preux se lèvent pour défendre la Dame, un seul parle du livre.