Beck, révisions

Les Parutions

04 févr.
2002

Beck, révisions

Philippe Beck, ce nom ne laisse désormais personne indifférent.
Depuis "Garde-Manche hypocrite" édité par Fourbis en 96, il ne cesse de publier et, en ce début d'année, il peut revendiquer 9 volumes en 6 ans, un record pour un poète pas encore quadragénaire!
Son premier ouvrage m'avait profondément intrigué et séduit mais ce ne fut pas le cas de "Chambre à roman fusible (Al Dante 97) ni de "Verre de l'époque Sur-Eddy" chez le même éditeur l'année suivante : abasourdi par la répétition des mêmes procédés, par ce qui me semblait relever d'un ressassement autiste, je l'ai écrit ici même, suscitant diverses fureurs ou approbations.
Et voilà qu'arrivent ces "Poésies didactiques" qui donnent l'heureuse impression d'un violent effort de réactualiser la grande tradition poétique cultivée.
Sur la couverture, le titre n'est pas stable, le mot "Poésies" part dans un sens et "didactiques "dans l'autre tandis que l'ouvrage ressemble à un manuel universitaire fabriqué à la hâte dans le style Quétigny ; la quatrième de couverture est presque désopilante tant elle cumule de défauts.Il suffit pourtant de commencer à lire n'importe lequel de ces "poèmes" (la plupart ne méritent ce titre que parce que l'auteur va à la ligne avant la fin de la phrase mais le souci du rythme et du son est assez ténu), pour réaliser qu'on est en présence d'une oeuvre majeure.
On a presque envie de citer en entier et de lire à haute voix le "texte" de la page 29 dédié à Pavese et intitulé "Lire" : ce pourrait être une introduction à la lecture de ce livre-là (une meilleure quatrième de couverture) et ça devrait être diffusé-épinglé au mur de toutes les bibliothèques, établissements d'enseignement, abri-bus, kiosques et crèches.
N'en déplaise aux géomètres qui sévissent sur certains sites voisins comme "remue.net", je suis heureux de pouvoir me déjuger, heureux de revenir sur ma décision de ne pas publier Beck!
Et je me méfie de ma réaction plus perplexe face "Aux recensions", elle est sans doute actuellement mal armée :je pense craindre que ce livre ne me lise. D'autant que j'ai reçu une gifle douloureuse (mais j'espère bénéfique?!) en lisant la poésie didactique intitulée "Antipathie" (p. 73) :
Certains poètes,
représentant le Noyau de leur poésie
font particulièrement souffrir
sans le vouloir d'ailleurs,
car ils poussent la douleur
plus loin, et rendent la souffrance
de beaucoup d'autres inutile.


C'est pourquoi je me demande si on ne devrait pas décerner à Philippe Beck, en écho à l'antique tradition, le titre de la "Pince des Poètes"!
Le commentaire de sitaudis.fr Poésies didactiques
éd. Théâtre Typographique.
217 pages
19 euro

Aux recensions
Flammarion
(coll. Poésie dirigée par Yves di Manno)
277p.
21 euro