Faune à la petite chaise (collectif)

Les Parutions

03 mai
2014

Faune à la petite chaise (collectif)

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Alors qu’une exposition des œuvres de l’artiste Sylvain Gérard (1965-2013) se tiendra à la Galerie du Tableau à Marseille comme indiqué sur le site d’Alain Paire, ses amis lui rendent un émouvant hommage dans ce livre, à commencer par sa  légataire Dominique Cerf et dans l’ordre alphabétique : Jean-Pierre Alis, François Bazzolli, Frédérique Guétat-Liviani (auteur du texte ci-dessous et éditeur du livre), Jean-Pierre Ostende, Alain Paire, Bernard Plasse, Annie Rosès et Jean-Jacques Viton.

 

 

 

 

 Il a déposé le temps.

Et pour accompagner la chute    des précipités   il a tracé leur contour minéral.

Mais il ne suffit pas de savoir   il faut connaître.

Connaître la matière    première et brutale.

La force des pierres et des branches.

Celle de l'eau     et celle des bêtes.

La force des témoins du temps    d'avant le temps.

C’est pourquoi il a pratiqué la répétition    jusqu'à l'effacement.

En chemin   il a beaucoup questionné l'ombre.

L'abolition de la couleur s'est affirmée.

La toile s'est couverte de poudre noire.

Le noir    le très noir.

Le sans reflet    l'opaque.

Son âpreté   son évidence.

Le paysage   une fois absorbé    la restitution fut lente.

Les saisons se sont succédé   celui qui désirait voir   devait ralentir   puis faire halte.

Nombreux sont ceux qui n'ont pas pu voir.

Plongés dans la pénombre    il a fallu attendre que nos yeux    s'adaptent à l'obscur.

Ensemble   nous avons connu l'aveuglement.

Mais lui seul a emprunté le dédale.

Et constaté le seuil de notre cécité.

Au dernier instant de la lumière   plus rien n'était assignable au regard.

Avançant à tâtons    l'existence matérielle était devenue invérifiable.

Toutes formes     impalpables.

Nous avons cru reconnaître    ce que nous n'avions pas connu.

Il a rendu le non-lieu pénétrable.

La ligne a fui    l'espace s'est contracté.

Et l'oeuvre s'est construite    sur le relief anéanti.

Il a redessiné l'attente.

Celui qui ne sait pas    glisser dans la ténèbre    jusqu'à s'y fondre   ne verra rien de plus.

S'asseoir dans le sombre   c'est tout un art.

S'asseoir et guetter le retour    des dieux et des singes    des ânesses et des anges.   

Car l'absence est divine   et le vide immense.

Autour du trou   la construction est nécessaire.

Ça demande un travail énorme   une vie entière.

Ses nuits sont devenues de plus en plus blanches    et le noir sans possible.

Toujours ivre de gris   jusqu'à l’égarement.

Nouveau-né    d’avant la distinction    des couleurs.

Lui    au centre de la toile    enfant    au-delà du temps.

Faisant tourner la roue.

Une fois encore.

 

F. G-L

31 janvier 2014

pour Sylvain Gérard (22 août 1965-19 octobre 2013)

Le commentaire de sitaudis.fr

éd. Fidel Anthelme X, 2014

Collection «  La Motesta »

44 p.

10 €