il particolare, numéro double 7 & 8

Les Parutions

22 sept.
2003

il particolare, numéro double 7 & 8

UNe revue volumineuse et marseillaise (quoique la ville et la région 13 semblent réticentes), luxueuse dans sa présentation (copie d'ancien, modèle Argile), dont on n'a pas encore parlé malgré des sommaires de bonne qualité (Prigent, Beck et quelques autres), pourquoi? Peut-être à cause des mêmes interrogations exprimées à propos des revues cheap et autres fanzines, deux formules pour manquer la cible par excès. Cette revue est un peu la danseuse d'Hervé Castanet, universitaire et psychanalyste, qui se présente lui-même comme un amateur, au sens le plus littéral et le plus noble de ce terme ; on a apprécié son texte assez éclairant et stimulant sur Klossowski, découpé en 5 parties sur les premiers numéros : la dernière ayant paru dans le n° 6, on a bien cru que la revue cesserait de paraître, mais non!
Si l'on parle enfin de cette entreprise, c'est à cause du Cahier Beck : en dépit de quelques faiblesses dans sa conception ( stratégies défensives un peu trop convenues, fermeture de la marche de la colonne par un François Bon peu inspiré) et son rythme, ce cahier facilite l'approche de l'un des poètes les plus remarqués et remarquables de notre époque, réputé obscur, jalousé, contesté ou choyé par plusieurs camps. Dix livres en six ans, cela donne déjà une idée de la puissance de l'impact d'un auteur qui accroît la confusion de l'ère post-idéologique, ne craint pas d'affirmer la nécessité de la posture, d'un engagement sérieux dans le jeu ou d'un engagement joueur dans le sérieux.
Dire de ce cahier qu'il "facilite l'approche" du travail de Beck est une formule en fait peu satisfaisante car aucun des lecteurs n'éclaire vraiment qui que ce soit, même pas l'universitaire (-udit) Steinmetz qui déclare "Philippe Beck plus que lisible" ni …ric Suchère. Efforts méritoires de tous mais flops. Dire qu'ils facilitent l'approche signifie l'embarras fécond en clichés, signifie-signifie-signifie aussi le piétinement de la piété, signifie surtout qu'ils perpétuent le trouble, l'avivent mais le texte facilitant est impossible, seul peut-être Francis Ponge eût pu l'écrire. Beck est un moderne qui revitalise et questionne la tradition sans disqualifier aucun des contemporains, ce n'est pas prudence ni indifférence mais donjuanisme peut-être : la poésie qui s'écrit sous ce nom et la personne même de Beck nous charment et possèdent ce pouvoir d'en charmer beaucoup, des ruraux et des classiques, des Elvire, des dubouchés et des clones de Ginsberg. Elles peuvent aussi susciter la détestation des mal aimés qui sont parfois les mêmes si bien que le pari est risqué, le joueur n'ignorant pas qu'il devra braver le Commandeur s'il veut connaître la seule fin digne de son aventure.
Il y a donc tout ce quon peut attendre d'un tel cahier dans ce cahier et même plus, un poème de Wilkinson et deux entretiens, l'un avec Lionel Destremau dont les questions manquent de concision (litote) et l'autre avec Pierre Michon, qui eut lieu en public à la médiathèque de Nantes en mai 2000 : où l'on voit le poète briller encore plus au moment du plus grand danger.
Le commentaire de sitaudis.fr 295 p.
31 €
(pour un autre regard sur ce numéro, voir aussi la "remarcq 2" dans nos Excitations)